{"id":1902,"date":"2017-11-05T21:24:10","date_gmt":"2017-11-05T19:24:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cnt-tas.org\/?p=1902"},"modified":"2017-11-05T21:24:10","modified_gmt":"2017-11-05T19:24:10","slug":"lutte-cest-sante-politique-de-souffrance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/?p=1902","title":{"rendered":"La lutte c&#039;est la sant\u00e9 ! Pour une politique de la souffrance."},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">La lutte c\u2019est la sant\u00e9 !<\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Pour une politique de la souffrance<\/h2>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #ffffff;\"><span style=\"font-family: TwCenMT-Bold, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><b>Dossier<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab <em>Rappelle-toi surtout, pendant ces ann\u00e9es de souffrances<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>trop dures, de quoi tu souffrais le plus. Tu ne t\u2019en rendais<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>peut-\u00eatre pas bien compte, mais si tu r\u00e9fl\u00e9chis un moment,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>tu sentiras que c\u2019est vrai. Tu souffrais surtout parce<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>que lorsqu\u2019on t\u2019infligeait une humiliation, une injustice,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>tu \u00e9tais seul, d\u00e9sarm\u00e9, il n\u2019y avait rien pour te d\u00e9fendre.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Simone Weil, \u00ab Lettre ouverte \u00e0 un syndiqu\u00e9 \u00bb, <em>La Condition ouvri\u00e8re<\/em>, 1951<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab <em>Car on ne peut accepter la vie qu\u2019\u00e0 la condition<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>d\u2019\u00eatre grand, de se sentir \u00e0 l\u2019origine des ph\u00e9nom\u00e8nes,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>tout au moins d\u2019un certain nombre d\u2019entre eux.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Sans puissance d\u2019expansion, sans une certaine domination<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>sur les choses, la vie est ind\u00e9fendable.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Artaud, <em>L\u2019Ombilic des Limbes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me de la souffrance au travail \u00e9merge dans le d\u00e9bat public fran\u00e7ais \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990. Auparavant volontiers marginalis\u00e9 ou souffrant m\u00eame d\u2019un d\u00e9ni, il s\u2019impose alors progressivement au point de devenir incontournable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le champ scientifique de nombreuses productions vont voir le jour et de nouvelles disciplines vont appara\u00eetre et s\u2019affirmer en pensant \u00e0 nouveaux frais une psychopathologie du travail. Dans le champ politique, le l\u00e9gislateur va notamment consacrer la souffrance au travail comme pr\u00e9occupation publique par l\u2019inscription et la r\u00e9pression dans la loi du harc\u00e8lement au travail. Suivant ce mouvement les tribunaux se sont saisi du th\u00e8me et ont d\u00e9velopp\u00e9 une riche jurisprudence devant la multiplication des contentieux. La souffrance est d\u00e9sormais devenue un \u00ab risque \u00bb \u00e0 part enti\u00e8re et l\u2019\u00e9valuation et la pr\u00e9vention des risques telle que pr\u00e9vue par le Code du travail a int\u00e9gr\u00e9 la sant\u00e9 mentale \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des traditionnels risques physiques. \u00c0 tel point qu\u2019\u00e9valuer les dits \u00ab risques psychosociaux \u00bb est devenue une tarte \u00e0 la cr\u00e8me de quasiment toute entreprise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Doit-on en conclure que la souffrance au travail est d\u00e9sormais prise au s\u00e9rieux et qu\u2019un grand consensus national se serait impos\u00e9 jusque dans les entreprises pour rechercher le bien-\u00eatre des salari\u00e9s ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien n\u2019est \u00e9videmment moins s\u00fbr\u2026 L\u2019\u00e9vocation, pour ne pas dire l\u2019incantation, de la prise en charge des risques psychosociaux semble d\u00e9sormais relever d\u2019une figure de style, passage oblig\u00e9, suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me de la perp\u00e9tuation de l\u2019exploitation et de la domination. Car si le capitalisme a su int\u00e9grer le th\u00e8me de la souffrance, il semble que ce soit pr\u00e9cis\u00e9ment en en d\u00e9samor\u00e7ant la charge explosive qui aurait pu mettre en question les rapports de domination qui en sont constitutifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, plus de 15 ans apr\u00e8s l\u2019\u00e9mergence et l\u2019installation du th\u00e8me de la souffrance au travail, un sentiment mitig\u00e9 voire de d\u00e9pit semble gagner nombre d\u2019acteurs et de professionnels amen\u00e9s \u00e0 rencontrer et prendre en charge la souffrance au travail. La souffrance n\u2019a pour ainsi dire jamais disparu et ne semble m\u00eame pas en voie de d\u00e9crue tant l\u2019intensification du travail et ses effets pathog\u00e8nes semblent continuer envers et contre tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment comprendre et envisager cet \u00e9chec au moins partiel ? La psychologie du travail a-t-elle manqu\u00e9 son objet ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est partant de ce constat et des interrogations qu\u2019il suscite que nous voudrions ici reprendre ce th\u00e8me, non pour nier les importants apports th\u00e9oriques des diff\u00e9rents travaux en psychologie du travail dans la pens\u00e9e de la souffrance ces derni\u00e8res ann\u00e9es, mais pour reposer la question de la souffrance comme question pleinement politique.<\/p>\n<h2>Int\u00e9grer la souffrance \u00e0 la lutte<\/h2>\n<h3>Sortir du d\u00e9ni<\/h3>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019\u00e9mergence de la souffrance au travail dans le d\u00e9bat public s\u2019est initialement construite autour de deux livres en particulier ayant eu un grand retentissement \u00e0 leur parution en 1998 : <i>Le harc\u00e8lement moral <\/i>de Marie-France Hirigoyen, et <i>Souffrance en France <\/i>de Christophe Dejours.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le premier est centr\u00e9 autour de la figure du pervers narcissique. Ce faisant, l\u2019ouvrage ne parle pas sp\u00e9cifiquement des situations de travail et de leur \u00e9ventuel caract\u00e8re pathog\u00e8ne mais se borne \u00e0 constater la possibilit\u00e9 de l\u2019expression de la personnalit\u00e9 perverse dans la sph\u00e8re professionnelle. Un chapitre est alors consacr\u00e9 au travail et \u00e0 la d\u00e9gradation des relations de travail sous l\u2019angle des conditions favorables \u00e0 l\u2019expression de la perversit\u00e9 \u00bb. Au rang de ces \u00ab conditions favorables \u00bb, Marie-France Hirigoyen \u00e9voque tour \u00e0 tour la menace du ch\u00f4mage, la concurrence acharn\u00e9e entre salari\u00e9s, l\u2019augmentation des contraintes et l\u2019intensification du\u00a0travail qui en d\u00e9coule.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019ouvrage semble n\u00e9anmoins souffrir de la fermeture de son objet initial tout en cherchant dans le m\u00eame temps \u00e0 le d\u00e9passer. \u00c9voquant dans un premier temps \u00ab l\u2019entreprise qui laisse faire \u00bb le pervers, il d\u00e9veloppe ensuite son propos vers \u00ab l\u2019entreprise qui encourage les m\u00e9thodes perverses \u00bb et envisage l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un harc\u00e8lement manag\u00e9rial tout en n\u2019employant pas express\u00e9ment cette expression. Mais pr\u00e9cis\u00e9ment s\u2019agit-il encore de perversion quand on constate que l\u2019organisation du travail produit une intensification du travail, une comp\u00e9tition entre salari\u00e9s avec leurs corollaires de stress et de peur ? De plus si \u00ab le pouvoir constitue une arme terrible lorsqu\u2019il est d\u00e9tenu par un individu (ou un syst\u00e8me) pervers \u00bb, pourquoi ne pas int\u00e9grer la subordination, constitutive de la relation de travail au sein de l\u2019entreprise capitaliste, au rang des \u00ab conditions favorables \u00bb ? Reste que cet ouvrage a en son temps constitu\u00e9 un puissant r\u00e9v\u00e9lateur de la d\u00e9gradation des situations et des relations de travail. Il a \u00e9galement contribu\u00e9<b> <\/b>\u00e0 sortir nombre de \u00ab victimes \u00bb du sentiment de l\u2019isolement en se reconnaissant dans les situations d\u00e9crites. Signe de ce succ\u00e8s le pouvoir politique finira par introduire la notion de harc\u00e8lement moral dans la loi en 2002.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Autre est le projet de Christophe Dejours qui prend comme objet explicite de son analyse la souffrance au travail et le \u00ab consentement \u00bb \u00e0 cette souffrance. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un \u00ab retournement \u00e9pist\u00e9mologique \u00bb, retournement initi\u00e9 dans son ouvrage <i>Travail, usure men<\/i><i>tale <\/i>(1990), qui red\u00e9finit l\u2019objet de la recherche en psychopathologie du travail, la souffrance au travail, comme \u00ab souffrance compatible avec la normalit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce faisant le projet est double : partir de la souffrance au travail comme ressort du consentement \u00e0 la \u00ab banalisation du mal \u00bb \u00e0 travers des \u00ab strat\u00e9gies de d\u00e9fense \u00bb ; mais \u00e9galement comme point de d\u00e9part d\u2019une r\u00e9sistance possible. Pour ce faire il s\u2019agit de commencer par sortir du d\u00e9ni. Le d\u00e9ni c\u2019est d\u2019abord celui des organisations politiques et syndicales. Dejours voit dans la d\u00e9syndicalisation une cause mais aussi un effet de la tol\u00e9rance \u00e0 la souffrance d\u2019autrui. Dans les ann\u00e9es 70 l\u2019influence d\u2019un certain marxisme, qui a t\u00f4t fait de qualifier de \u00ab petit bourgeois \u00bb tout ce qui a trait \u00e0 la subjectivit\u00e9, a fait n\u00e9gliger la th\u00e9matique de la souffrance eu travail. \u00ab Suppos\u00e9es antimat\u00e9rialistes, ces pr\u00e9occupations sur la sant\u00e9 mentale \u00e9taient suspectes de nuire \u00e0 la mobilisation collective et \u00e0 la conscience de classe \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019ouvrage fixe donc un cadre et un objectif : ne pas nier la souffrance subjective au travail et int\u00e9grer cette dimension \u00e0 la lutte collective. Il faut pour cela rel\u00e9gitimer la parole sur la souffrance contre ceux qui la rangeraient au rang de la sensiblerie. \u00c0 cet \u00e9gard Dejours \u00e9crit de tr\u00e8s belles pages sur l\u2019usage de la virilit\u00e9 comme forme d\u00e9voy\u00e9e du courage dans le travail. Le courage viril passe par l\u2019apprentissage de la soumission volontaire et la capacit\u00e9 \u00e0 infliger la souffrance \u00e0 autrui. Il faut ainsi repenser un courage qui prend le risque de d\u00e9sob\u00e9ir et d\u2019\u00eatre exclu de la communaut\u00e9 des forts et des virils en s\u2019opposant \u00e0 la banalit\u00e9 du mal.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le projet initi\u00e9 est ainsi de promouvoir une v\u00e9ritable clinique5 du travail qui pense la personne en situation. Il va donner lieu \u00e0 l\u2019apparition de plusieurs disciplines telle la psychodynamique du travail chez Dejours mais aussi la clinique de l\u2019activit\u00e9 chez Yves Clot.<\/p>\n<h2 align=\"LEFT\">Derri\u00e8re la souffrance individuelle, le travail d\u00e9grad\u00e9<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette clinique du travail l\u2019attention \u00e0 la souffrance individuelle n\u2019est pas une fin, elle doit d\u2019abord nous permettre de retrouver et de r\u00e9affirmer le travail dans sa dimension collective. Derri\u00e8re cette souffrance individuelle on retrouve un travail d\u00e9grad\u00e9 qu\u2019on pourrait caract\u00e9riser comme une \u00ab contrainte \u00e0 mal travailler \u00bb. \u00catre contraint de mal faire son travail, de le b\u00e2cler, de tricher m\u00eame pour satisfaire un mensonge institutionnel sur fond de d\u00e9ni du r\u00e9el est une source de souffrance majeure. Celle-ci s\u2019est notamment d\u00e9velopp\u00e9e du fait de l\u2019intensification du travail observ\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es ; intensification qui touche aussi bien les services, l\u2019industrie que les administrations. On assiste notamment au retour d\u2019un n\u00e9ofordisme dont le <em>lean management<\/em> n\u2019est que le dernier avatar. Il faut souligner \u00e0 cet \u00e9gard le caract\u00e8re peu original du <em>lean management<\/em> malgr\u00e9 le flot de novlangue qui entoure sa promotion. Il s\u2019agit l\u00e0 encore du vieux projet totalitaire d\u2019endiguer l\u2019\u00e9nergie, de capturer la pens\u00e9e libre, de contr\u00f4ler temps et mouvements pour se tenir dans le cadre institu\u00e9. Les m\u00eames causes produisent les m\u00eames effets pathog\u00e8nes\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce retour d\u2019un n\u00e9o-taylorisme est d\u2019autant plus remarquable qu\u2019il s\u2019accompagne dans le m\u00eame temps d\u2019une injonction paradoxale \u00e0 l\u2019autonomie et \u00e0 la prise de responsabilit\u00e9. On valorise les \u00ab comp\u00e9tences \u00bb individuelles (au d\u00e9triment des qualifications renvoyant \u00e0 un statut) avec son corollaire d\u2019entretiens individuels d\u2019\u00e9valuation cens\u00e9s les mesurer et pour l\u2019atteinte d\u2019objectifs pr\u00e9d\u00e9finis. Chacun est somm\u00e9 d\u2019\u00eatre entrepreneur de sa vie et est renvoy\u00e9 vers ses ressources<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">propres dans l\u2019illusion d\u2019une d\u00e9termination de soi par soi\u2026 et en concurrence avec tous les autres. Et ce alors m\u00eame que les travailleurs ne ma\u00eetrisent ni les moyens ni les objectifs de la production. Ainsi \u00ab \u00e0 la prescription de l\u2019activit\u00e9 du taylorisme et la dissociation du geste qu\u2019il impose succ\u00e8dent (s\u2019ajoutent) aujourd\u2019hui la prescription de la subjectivit\u00e9 et le d\u00e9ni de la contribution subjective des salari\u00e9s \u00e0 la vie des organisations \u00bb. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019individualisation dans le travail d\u00e9truit les collectifs, les capacit\u00e9s d\u2019actions des syndicats en amenant de la d\u00e9solidarisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De ce point de vue la pr\u00e9gnance de la r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab stress \u00bb dans le monde du travail t\u00e9moigne du d\u00e9calage croissant entre l\u2019augmentation des exigences et la r\u00e9duction des ressources collectives mobilisables. La souffrance \u00e9merge alors d\u2019un d\u00e9veloppement emp\u00each\u00e9, d\u2019une amputation du pouvoir d\u2019agir sur fond de collectif en miettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cet \u00e9gard on peut tenter de faire se rejoindre les travaux de Dejours en psychodynamique du travail et ceux de Clot en clinique de l\u2019activit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 la psychodynamique du travail insiste sur le dysfonctionnement de la dynamique de reconnaissance par autrui comme facteur de souffrance, Clot va centrer son propos sur le pouvoir d\u2019agir face \u00e0 son \u00e9ventuelle amputation. Ce dernier insiste en particulier sur la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en compte l\u2019activit\u00e9 emp\u00each\u00e9e comme dimension fondamentale du travail r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut n\u00e9anmoins faire se rapprocher les deux perspectives \u00e0 travers la question de l\u2019identit\u00e9 au travail. \u00catre reconnu c\u2019est aussi en dernier recours et fondamentalement se reconna\u00eetre soi dans son propre travail. L\u2019impossibilit\u00e9 du travail bien fait emp\u00eache cette reconnaissance. Le sujet ne peut se reconna\u00eetre dans le travail qu\u2019on lui fait faire, l\u2019activit\u00e9 perd son sens. Il est devenu comme \u00e9tranger \u00e0 sa propre vie. On retrouve ici la probl\u00e9matique classique de l\u2019ali\u00e9nation. Or le renoncement au travail bien fait, aux valeurs qui guident l\u2019investissement dans une activit\u00e9 professionnelle a un co\u00fbt psychique tr\u00e8s lourd. \u00ab Quand la confrontation sur la qualit\u00e9 du travail est devenue impraticable, suractivit\u00e9 et sentiment d\u2019insignifiance forment un m\u00e9lange \u201cpsychosocial\u201d explosif \u00bb. Des personnes qui souhaitent <em>travailler<\/em> dans les r\u00e8gles de l\u2019art se heurtent \u00e0 des conflits de crit\u00e8res qui renvoient \u00e0 des conflits de valeur. Ces conflits de crit\u00e8res refoul\u00e9s, parce que non discut\u00e9s et non discutables, viennent s\u2019enkyster dans le corps et la t\u00eate de chacun et la d\u00e9gradation du travail vient d\u00e9grader la construction de sa propre identit\u00e9 au travail. Cette perte d\u2019identit\u00e9 est personnelle mais aussi collective puisque les rep\u00e8res de m\u00e9tiers \u00e9labor\u00e9s par le collectif de travail se trouvent disqualifi\u00e9s. C\u2019est sur fond de ce m\u00e9lange morbide entre travail d\u00e9saffect\u00e9 et surinvestissement dans le travail que l\u2019absence de reconnaissance par autrui, et au premier rang l\u2019absence de reconnaissance manag\u00e9riale, devient la go\u00fbte d\u2019eau qui fait d\u00e9border le vase.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lutter contre ce travail pathog\u00e8ne ne signifie donc pas poursuivre, dans une fuite en avant, une reconnaissance hi\u00e9rarchique fonci\u00e8rement al\u00e9atoire et qui peut se retourner contre la qualit\u00e9 du travail lui-m\u00eame. Il s\u2019agit avant tout de retrouver du pouvoir d\u2019agir sur son activit\u00e9 pour r\u00e9enclencher une dynamique vertueuse de construction de son identit\u00e9 et d\u2019accomplissement de soi. Au-del\u00e0, le travail permet au sujet de s\u2019inscrire dans une histoire collective, celle de la r\u00e9organisation de la t\u00e2che par les collectifs professionnels, d\u2019un travail d\u2019organisation du collectif et de construction d\u2019une identit\u00e9 professionnelle qui ne se confond pas avec le prescrit de l\u2019organisation.<\/p>\n<h2>\u2026repolitiser la souffrance au travail<\/h2>\n<h3>Le risque persistant du psychologisme et la tarte \u00e0 la cr\u00e8me des risques psycho-sociaux<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019apport majeur des travaux en clinique du travail est de sortir la question de la souffrance au travail du \u00ab psychologisme \u00bb. Par psychologisme j\u2019entends une appr\u00e9hension de la souffrance dans laquelle \u00ab les conflits sociaux peuvent \u00eatre d\u00e9plac\u00e9s sur le plan des probl\u00e8mes psychiques, autrement dit peuvent accabler l\u2019individu sous la forme d\u2019une affaire priv\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9veloppement sp\u00e9cifique d\u2019une psychologie du travail est ainsi un apport ind\u00e9niable d\u2019un point de vue th\u00e9orique en ce qu\u2019elle permet d\u2019analyser et de d\u00e9crypter les ressorts d\u2019une souffrance au travail par le travail ; elle est aussi un outil de r\u00e9sistance possible, notamment pour les syndicats qui se sont empar\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s du sujet. De ce point de vue la phase du d\u00e9ni initialement d\u00e9nonc\u00e9e par Dejours a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reste \u00e0 se pencher sur les r\u00e9sultats obtenus et les r\u00e9actions institutionnelles. Disons le tout de suite, si l\u2019on en croit les auteurs cit\u00e9s, les r\u00e9sultats ne sont pas reluisants. De fait dans la pr\u00e9face \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition de <em>Souffrance en France<\/em>, Christophe Dejours note que \u00ab dix ans plus tard [\u2026] la situation s\u2019est aggrav\u00e9e, parce qu\u2019aucune mesure n\u2019a \u00e9t\u00e9 prise en France ni \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour favoriser, en mati\u00e8re d\u2019organisation du travail, les choix qui pourraient \u00eatre nettement moins d\u00e9l\u00e9t\u00e8res pour la sant\u00e9 mentale \u00bb. M\u00eame constat chez Yves Clot qui rel\u00e8ve dans <em>Le travail \u00e0 c\u0153ur<\/em> publi\u00e9 en 2010 que \u00ab selon les diff\u00e9rentes enqu\u00eates les Fran\u00e7ais sont tr\u00e8s peu satisfaits, et m\u00eame parmi les moins satisfaits du travail en Europe [\u2026] la situation fran\u00e7aise semble m\u00eame se d\u00e9grader \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on se situe du point de vue des mesures prises visant la r\u00e9pression de comportements pathog\u00e8nes au travail, la th\u00e9matique du harc\u00e8lement, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, a abouti au vote d\u2019une loi le r\u00e9primant. Mais ce vote n\u2019a pu se faire qu\u2019\u00e0 la faveur d\u2019une double d\u00e9politisation. D\u2019une part au travers d\u2019une reformulation l\u00e9gale des conflits professionnels en conflits interpersonnels ; d\u2019autre part et corr\u00e9lativement en \u00e9ludant la question de la subordination. Tel qu\u2019il est d\u00e9fini par le code du travail le harc\u00e8lement est aussi bien horizontal que vertical, descendant qu\u2019ascendant. On trouve d\u2019ailleurs r\u00e9guli\u00e8rement des employeurs ou des cadres pour nous expliquer qu\u2019ils sont harcel\u00e9s par leurs salari\u00e9s ou des syndicalistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes il convient de moduler quelque peu le propos puisque le d\u00e9veloppement et l\u2019\u00e9volution d\u2019une jurisprudence sur le sujet a pu ponctuellement int\u00e9grer et condamner des formes de harc\u00e8lement manag\u00e9rial ; harc\u00e8lement manag\u00e9rial qui affirmait en creux la dimension collective du travail et la subordination juridique des salari\u00e9s. Il n\u2019en reste pas moins que la loi sur le harc\u00e8lement reste born\u00e9e par la probl\u00e9matique de d\u00e9part qui l\u2019a vue na\u00eetre, \u00e0 savoir une pathologisation du harc\u00e8lement dans la figure du pervers et une dichotomie p\u00e9nale habituelle interpersonnelle : coupable\/victime. Cette loi n\u2019a \u00e0 cet \u00e9gard pas pleinement permis une sortie\u00a0du psychologisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019en est-il du c\u00f4t\u00e9 de la pr\u00e9vention ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a vu tout d\u2019abord se d\u00e9velopper dans la sph\u00e8re du travail des dispositifs de prise en charge de la souffrance sous l\u2019angle traumatique. Ce mod\u00e8le est une importation des diff\u00e9rents dispositifs de prise en charge de la victime de type cellule d\u2019\u00e9coute ou soutien psychologique. Initialement con\u00e7us pour les victimes de catastrophe, ces derniers ont peu \u00e0 peu \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019entreprise en guise de suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me du traitement de la souffrance au travail. Ils demeurent alors situ\u00e9s au niveau du traitement du sympt\u00f4me et d\u00e9connect\u00e9s d\u2019une vision de transformation des situations de travail. \u00ab La lutte contre la souffrance au travail consiste en de l\u2019orthop\u00e9die psychologique \u00e0 vis\u00e9e adaptative qui r\u00e9duit la subjectivit\u00e9 \u00e0 un objet de prescriptions cens\u00e9e restaurer le \u201cbien \u00eatre\u201d au travail \u00bb. Pr\u00e9vention dite tertiaire en ce qu\u2019elle vise \u00e0 traiter le malade afin de le r\u00e9adapter en vue de son retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En amont d\u2019un tel traitement des cons\u00e9quences pour les salari\u00e9s d\u00e9j\u00e0 en rupture un traitement des causes est pr\u00e9conis\u00e9 dans le cadre d\u2019une pr\u00e9vention primaire. La souffrance au travail est ainsi devenue un risque parmi d\u2019autres \u00e0 \u00e9valuer et \u00e0 pr\u00e9venir. Les risques psychosociaux prennent d\u00e9sormais place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des risques physiques (risque chimique, biologique, m\u00e9canique\u2026). C\u2019est ainsi que s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 un v\u00e9ritable march\u00e9 du diagnostic et de l\u2019expertise en risques psychosociaux \u00e0 qui l\u2019on sous-traite bien souvent l\u2019analyse. Une fois le diagnostic r\u00e9alis\u00e9, celui-ci est cens\u00e9 enclencher un plan d\u2019action. Une telle affirmation pour \u00e9vidente qu\u2019elle paraisse ne l\u2019est pourtant pas, tant pour beaucoup d\u2019employeurs la r\u00e9alisation dudit diagnostic tient lieu de plan d\u2019action qui se suffirait \u00e0 lui-m\u00eame. Un plan d\u2019action donc, oui, mais lequel ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les fameux \u00ab plan d\u2019action \u00bb tournent la plupart du temps autour de deux types de mesure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout d\u2019abord des dispositifs qu\u2019on pourrait qualifier de renforcement de l\u2019individu, au m\u00eame titre qu\u2019un renforcement musculaire. Au-del\u00e0 et en amont du traitement des traumatismes de salari\u00e9s d\u00e9j\u00e0 en rupture, on a vu ainsi fleurir des stages de gestion du stress ou, pour les cadres essentiellement, des accompagnements de type \u00ab coaching \u00bb visant \u00e0 un d\u00e9veloppement des ressources individuelles. Effet pervers de la psychologisation, il s\u2019agit de rendre l\u2019individu plus fort et plus performant en dissolvant la question du travail. Il n\u2019y a pas alors \u00e0 proprement parler de psychologie du travail mais des dispositifs d\u2019accompagnement et d\u2019adaptation de l\u2019individu \u00e0 la situation de travail. D\u00e9tecter et prendre en charge les \u00ab fragiles \u00bb pour aider leur adaptation, on peut se demander si l\u2019on est-on vraiment sorti du psychologisme avec ce type de pr\u00e9vention des \u00ab risques psychosociaux \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre approche, promue par la clinique de l\u2019activit\u00e9, consiste au contraire \u00e0 centrer le d\u00e9bat sur le travail par la discussion autour des r\u00e8gles de m\u00e9tier. Il s\u2019agit ici pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019\u00e9viter une approche hygi\u00e9niste des risques psychosociaux, qui transforme la fragilit\u00e9 des situations en fragilit\u00e9 des personnes. En d\u2019autres termes il faut soigner le travail plut\u00f4t que l\u2019individu, reconnecter \u00ab bien faire \u00bb et \u00ab bien \u00eatre \u00bb. Ainsi, quelle que soit l\u2019analyse de la situation de d\u00e9part, en clinique de l\u2019activit\u00e9 le plan d\u2019action se termine toujours peu ou prou, par la pr\u00e9conisation d\u2019une analyse des pratiques professionnelles autour de l\u2019\u00e9laboration vivante des r\u00e8gles de m\u00e9tier entre pairs. Si l\u2019objectif affich\u00e9 est de retrouver une ma\u00eetrise sur sa situation de travail en d\u00e9veloppant collectivement son pouvoir d\u2019agir, il n\u2019en demeure pas moins que cette hypoth\u00e9tique ma\u00eetrise retrouv\u00e9e reste fondamentalement limit\u00e9e et temporaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, quand bien m\u00eame la direction de l\u2019entreprise accepterait de laisser place \u00e0 ces temps d\u2019\u00e9change en dehors du regard hi\u00e9rarchique, il ne s\u2019agit l\u00e0 que d\u2019une suspension provisoire du lien de subordination. Sit\u00f4t le temps d\u2019\u00e9change referm\u00e9 le salari\u00e9 retourne \u00e0 sa situation de travail et aux rapports de pouvoir qui s\u2019y jouent et \u00e0 la subordination juridique qui le d\u00e9passe. L\u2019\u00e9ventuel pouvoir d\u2019agir retrouv\u00e9 se heurte \u00e0 la structure inchang\u00e9e et globalement inchangeable au dehors. Ainsi dans le meilleur des cas on a souvent l\u2019impression que la montagne de la clinique de l\u2019activit\u00e9 accouche de la souris d\u2019une int\u00e9ressante discussion entre coll\u00e8gues\u2026 avant que tout le monde retourne bosser. Cette situation et ce d\u00e9calage est d\u2019autant plus remarquable dans les grosses structures de type administration ou des groupes nationaux ou internationaux fonctionnant selon une gestion centralis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 un tel mur, le risque est une r\u00e9gression du collectif dans un collectif en quelque sorte d\u00e9collectivis\u00e9 qui se limite \u00e0 l\u2019interrelationnel et \u00e0 des micro-discussions techniques sur les \u00ab bonnes pratiques \u00bb. Les contraintes li\u00e9es \u00e0 la structure globale, aux rapports de domination qui l\u2019organisent, ne pouvant \u00eatre prises en compte, le social tend \u00e0 se r\u00e9duire \u00e0 de la sociabilit\u00e9 avec un groupe centr\u00e9\u2026 sur le groupe. Et d\u2019un objectif initial de travailler collectivement le travail pour le changer on glisse \u00e0 une vision normative o\u00f9 il faut \u00e9voluer dans ses pens\u00e9es, dans ses actions pour passer d\u2019un moment o\u00f9 on ne se comprend pas, on ne s\u2019aime pas, \u00e0 un moment o\u00f9 le \u00ab groupe se termine bien \u00bb, les gens ont \u00e9volu\u00e9 et sont plus ouverts \u00e0 travailler ensemble afin, cens\u00e9ment, de mieux vivre la situation de travail. Ainsi, en l\u2019absence de remise en cause possible des structures du travail, ou \u00e0 tout le moins de lutte en ce sens, on peut se\u00a0demander si la psychologie du travail ne se retourne pas, l\u00e0 encore, en psychologie de l\u2019adaptation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouvera peut-\u00eatre que nous sommes injustes avec la clinique de l\u2019activit\u00e9 qui n\u2019est, apr\u00e8s tout, pas responsable de l\u2019\u00e9ventuel mur oppos\u00e9 par la direction des entreprises \u00e0 toute vis\u00e9e de transformation du travail. Oui et non. Car au-del\u00e0 des discussions entre pairs une telle approche, telle que con\u00e7ue par Yves Clot, se propose de \u00ab g\u00e9rer \u00bb et pr\u00e9tend d\u00e9passer le conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat inh\u00e9rent \u00e0 la relation salariale par ce type de dispositif. Pour Yves Clot \u00ab l\u2019hostilit\u00e9 \u00bb dans les relations salariales en France rel\u00e8verait selon lui de \u00ab l\u2019inach\u00e8vement de son syst\u00e8me de relations professionnelles \u00bb, en effort collectif pour d\u00e9finir \u2013 \u00e0 partir de, mais au-del\u00e0 m\u00eame de la relation salariale \u2013 les crit\u00e8res d\u2019un travail propre, d\u00e9fendable, d\u00e9cent. \u00bb C\u2019est ici que l\u2019on ne peut plus suivre la clinique de l\u2019activit\u00e9 telle que promue par Clot. Replacer la souffrance au travail au c\u0153ur d\u2019une discussion collective entre pairs et hors pr\u00e9sence hi\u00e9rarchique est une chose, pr\u00e9tendre d\u00e9passer le conflit d\u2019int\u00e9r\u00eat inh\u00e9rent \u00e0 la relation salariale par une discussion sur les crit\u00e8res de qualit\u00e9 du travail en est une autre qui rel\u00e8ve au mieux d\u2019une na\u00efvet\u00e9 et participe dans tous les cas d\u2019une d\u00e9politisation de la question de la souffrance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On risque ici de retrouver ce que j\u2019appellerais le \u00ab syndrome de l\u2019ergonome \u00bb. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019ergonome prend toujours le risque de voir ses propositions d\u2019am\u00e9liorations techniques r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es par les d\u00e9tenteurs des moyens de production pour supprimer du personnel et augmenter les cadences, le diagnostic en risques psychosociaux, m\u00eame avec les meilleures intentions initiales du monde, voit toujours le risque d\u2019\u00eatre d\u00e9tourn\u00e9 en recettes en vue d\u2019une meilleure adaptation de l\u2019individu aux conditions de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que peut-on en conclure ? Que faire ? La psychologie du travail n\u2019est-elle au final qu\u2019une psychologie de l\u2019adaptation \u00e0 la situation de travail ou constitue-t-elle malgr\u00e9 tout un nouveau levier de prise de conscience et de lutte pour la sant\u00e9 ?<\/p>\n<h2>La lutte collective c\u2019est la sant\u00e9 !<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre risque d\u2019un retour au \u00ab d\u00e9ni \u00bb de la souffrance au nom d\u2019une th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire surplombante et psychologie de l\u2019adaptation \u00e0 la situation de travail, il nous para\u00eet indispensable de repolitiser la question de la souffrance au travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Repolitiser la question de la souffrance au travail, c\u2019est d\u2019abord nommer le syst\u00e8me dans lequel elle prend place et s\u2019intensifie. Si, comme le dit Camus, mal nommer un objet c\u2019est ajouter au malheur de ce monde, la premi\u00e8re chose \u00e0 rappeler est que le travail dans notre soci\u00e9t\u00e9 capitaliste est dans son immense majorit\u00e9 un travail salari\u00e9, bas\u00e9 sur la subordination. S\u2019en tenir l\u00e0 est insuffisant, mais ne rien en dire est suspect et constitue le point aveugle de la psychologie du travail qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le discours de Dejours \u00e0 ce sujet est ambigu. S\u2019il semble bien poser en arri\u00e8re fond de la banalisation du mal ou de \u00ab l\u2019injustice sociale \u00bb une logique syst\u00e9mique il para\u00eet dans le m\u00eame temps ne pas pouvoir ou vouloir l\u2019assumer. Ainsi, \u00e9voquant le \u00ab progr\u00e8s de l\u2019injustice en r\u00e9gime lib\u00e9ral \u00bb il se refuse dans le m\u00eame temps \u00e0 y voir selon ses propres termes \u00ab le fait d\u2019une logique endog\u00e8ne propre au syst\u00e8me \u00bb. Ce faisant, Dejours s\u2019embourbe dans des contradictions en faisant constamment implicitement r\u00e9f\u00e9rence au consentement \u00e0 un syst\u00e8me qu\u2019il ne nomme ni ne d\u00e9finit jamais clairement tout en prenant soin de nier son existence17. L\u2019illustration la plus flagrante de cet embarras sont les circonlocutions employ\u00e9es pour nommer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et \u00e9viter dans le m\u00eame temps ce point aveugle. On pourrait \u00e0 cet \u00e9gard faire une compilation des expressions utilis\u00e9es pour \u00e9viter de nommer ledit syst\u00e8me : \u00ab r\u00e9gime lib\u00e9ral \u00bb, \u00ab machinerie de guerre \u00e9conomique \u00bb, \u00ab syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral \u00bb, \u00ab raison \u00e9conomique \u00bb, \u00ab lib\u00e9ralisme sans entrave \u00bb, etc. Le m\u00eame embarras pourrait ais\u00e9ment \u00eatre relev\u00e9 chez Clot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que semblent redouter Dejours ou Clot par-dessus tout est le risque de la d\u00e9mobilisation dans une logique du \u00ab triompher ou p\u00e9rir \u00bb. Il faut pourtant sortir de cet entre-deux intenable du \u00ab ni r\u00e9signation, ni d\u00e9nonciation18 \u00bb. Si on ne peut que souscrire \u00e0 un refus d\u2019un \u00ab syst\u00e8me \u00bb con\u00e7u comme \u00ab fatalit\u00e9 \u00bb imposant ses \u00ab lois naturelles \u00bb dans l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale, la logique m\u00eame d\u2019intensification du travail est d\u2019une part consubstantielle au syst\u00e8me capitaliste notamment dans sa logique d\u2019accroissement constant de la plus-value relative pour parler en termes marxistes. D\u2019autre part, la subordination constitue l\u2019\u00e9tayage du travail capitaliste. Il n\u2019y a de management, et cons\u00e9quemment de management pathog\u00e8ne, que sur fond de subordination juridique des salari\u00e9s, constitutive du proc\u00e8s d\u2019exploitation capitaliste. Nommer ainsi le syst\u00e8me ou les logiques qui y sont \u00e0 l\u2019oeuvre ne signifie nullement les accepter ou se r\u00e9signer devant l\u2019ampleur de la t\u00e2che mais invite \u00e0 reprobl\u00e9matiser la souffrance et \u00e0 tracer une direction pour la lutte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce faire il faut tout d\u2019abord sortir la question de la souffrance d\u2019une analyse en termes de \u00ab risques psychosociaux \u00bb, tel un environnement toxique, pour la replacer du point de vue de la sant\u00e9. Il convient ensuite de poursuivre les perspectives ouvertes par la clinique de l\u2019activit\u00e9 sur le pouvoir d\u2019agir pour le poser dans toute sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et sa radicalit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire en posant la question de la d\u00e9mocratie au travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La grille de lecture en termes de risques psychosociaux situe la souffrance \u00e0 partir d\u2019un risque ext\u00e9rieur \u00ab comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un nuage toxique planant au\u2013dessus de l\u2019entreprise [\u2026] qui atteint certains des salari\u00e9s, en premier lieu bien s\u00fbr ceux dont les caract\u00e9ristiques personnelles les fragilisent19 \u00bb. Une telle approche par \u00ab l\u2019exposition \u00bb des salari\u00e9s \u00e0 un \u00ab risque \u00bb se d\u00e9veloppe en g\u00e9n\u00e9ral dans un projet de le mesurer, la mesure \u00e9tant la garantie de la \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut renverser cette perspective, la souffrance n\u2019est pas l\u2019effet de l\u2019exposition \u00e0 un risque mais l\u2019emp\u00eachement de la sant\u00e9. Il convient ici de revenir un peu en arri\u00e8re et de faire un d\u00e9tour par la pens\u00e9e de la vie telle que l\u2019a pos\u00e9e le philosophe Georges Canguilhem : la vie n\u2019est ni ajustement \u00e0 des normes, adaptation \u00e0 des contraintes ext\u00e9rieures, ni l\u2019infinie r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame. Elle est du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019invention des normes, de la cr\u00e9ation. Ce faisant, la sant\u00e9 est cette capacit\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er et recr\u00e9er ses propres normes, \u00e0 agir sur mon environnement : \u00ab Je me porte bien dans la mesure o\u00f9 je me sens capable de porter la responsabilit\u00e9 de mes actes, de porter des choses \u00e0 l\u2019existence et de cr\u00e9er entre les choses des rapports qui ne leur viendraient pas sans moi \u00bb. Ainsi selon Canguilhem la sant\u00e9 r\u00e9side dans l\u2019activit\u00e9 normative d\u2019interaction avec le milieu, et non dans une simple conformit\u00e9 \u00ab normale \u00bb \u00e0 un milieu donn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on l\u2019a vu la clinique de l\u2019activit\u00e9 s\u2019inscrit dans cette filiation en envisageant la sant\u00e9 au travail comme d\u00e9veloppement des possibles individuels et collectifs. Y. Clot d\u00e9veloppe le concept de pouvoir d\u2019agir dans le cadre plus sp\u00e9cifique de la sant\u00e9 au travail entendu comme pouvoir d\u2019agir sur le monde et sur soi-m\u00eame, collectivement et individuellement : \u00ab il mesure le rayon d\u2019action effectif du sujet ou des sujets dans leur milieu professionnel habituel, ce qu\u2019on peut aussi appeler le rayonnement de l\u2019activit\u00e9, son pouvoir de recr\u00e9ation \u00bb. Il s\u2019agit au sens propre d\u2019une d\u00e9marche d\u2019autonomie. <em>A contrario<\/em> la perte de sens de l\u2019activit\u00e9 par l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie du travail la d\u00e9vitalise, la d\u00e9saffecte. On est alors en activit\u00e9 sans se sentir actif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, encore faut-il que cette activit\u00e9 d\u2019\u00e9laboration collective du travail soit possible c\u2019est-\u00e0-dire tout simplement permise. Car qu\u2019est-ce que penser la possibilit\u00e9 de cr\u00e9ation et recr\u00e9ation des normes d\u2019activit\u00e9 par le collectif et pour le collectif si ce n\u2019est poser la question pleinement politique de la d\u00e9mocratie ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les discussions autour des r\u00e8gles de m\u00e9tier ou de l\u2019identit\u00e9 professionnelle cens\u00e9es d\u00e9velopper le pouvoir d\u2019agir, comme le promeut la clinique de l\u2019activit\u00e9, s\u2019inscrivent dans un syst\u00e8me organisationnel d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Or, l\u2019organisation n\u2019est pas un simple collectif horizontal : \u00ab la notion d\u2019organisation d\u00e9signe un ensemble structur\u00e9 de r\u00f4les, de rapports de pouvoir, de normes, \u00e9tabli pour r\u00e9pondre \u00e0 des objectifs de production de biens et de services. Elle recouvre dans cette conception, une s\u00e9rie de contraintes et d\u2019obligations avec lesquelles les membres de l\u2019organisation composent pour s\u2019y construire une place et \u00e9ventuellement en tirer b\u00e9n\u00e9fice \u00bb Dans ce cadre assumer le conflit pour d\u00e9finir le \u00ab travail bien fait \u00bb, ce n\u2019est pas seulement confronter et assumer des controverses autour des r\u00e8gles de m\u00e9tier entre pairs, c\u2019est aussi s\u2019affronter aux objectifs de la production d\u00e9finis par l\u2019organisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi sortir d\u2019une vision de la sant\u00e9 comme adaptation au contexte pour une entr\u00e9e par la qualit\u00e9 du travail qui cherche \u00e0 cr\u00e9er du contexte rejoint in\u00e9vitablement la question d\u00e9mocratique dans un monde, celui de l\u2019entreprise, qui en est la n\u00e9gation. Car discuter collectivement du travail et de ses normes c\u2019est d\u00e9j\u00e0 commencer \u00e0 se le r\u00e9approprier et donc d\u00e9poss\u00e9der ceux qui en sont les d\u00e9tenteurs et ont vocation \u00e0 d\u00e9cider. D\u00e9velopper l\u2019autonomie c\u2019est d\u00e9velopper l\u2019autonomie contre l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie de l\u2019organisation. La mise en discussion collective des normes de production est en soi un travail d\u2019institution dans et au-del\u00e0 des institutions actuelles. Autant dire qu\u2019un tel processus est une lutte et un rapport de force sauf \u00e0 vouloir \u00e0 tout prix euph\u00e9miser la violence des rapports de production dans le travail capitaliste. C\u2019est ici que le silence de la clinique de l\u2019activit\u00e9 est assourdissant, comme si elle n\u2019osait pas aller au bout de ses propres intuitions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant si l\u2019on prend au s\u00e9rieux ce processus, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on ne le r\u00e9duit \u00e0 une anodine discussion entre pairs, il s\u2019agit bien d\u2019un processus d\u2019auto-institution de la soci\u00e9t\u00e9 au sens o\u00f9 Castoriadis emploi cette expression : \u00ab la culmination de ce processus est le projet d\u2019instauration d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 autonome : \u00e0 savoir une soci\u00e9t\u00e9 capable de s\u2019auto-instituer explicitement, donc de mettre en question ses institutions d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9es, sa repr\u00e9sentation du monde d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie. Autant dire : d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui, tout en vivant sous des lois et sachant qu\u2019elle ne peut vivre sans loi, ne s\u2019asservit pas \u00e0 ses propres lois ; d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 donc, dans laquelle la question : quelle est la loi juste ? reste toujours ouverte \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dire cela n\u2019est pas se r\u00e9soudre \u00e0 la r\u00e9signation en attendant une hypoth\u00e9tique socialisation des moyens de production et l\u2019av\u00e8nement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9mocratique par un acte h\u00e9ro\u00efque. C\u2019est au contraire fixer comme perspective de lutte contre la souffrance d\u2019engager d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 ce processus de r\u00e9appropriation. Le travail d\u00e8s lors qu\u2019il est collectif peut impliquer un espace de subversion des ordres pour produire des r\u00e8gles qui peuvent \u00eatre mises au service de l\u2019\u00e9mancipation. Il s\u2019agit de cr\u00e9er et de multiplier les espaces de r\u00e9appropriation collective du travail avec en ligne de mire la r\u00e9appropriation de la totalit\u00e9 de l\u2019espace collectif, donc politique, de la production. Le premier plan d\u2019action reste donc l\u2019action et la r\u00e9sistance collective qui se r\u00e9approprie le travail, autant que faire se peut, ici et maintenant. Car \u00ab une organisation peut aussi se d\u00e9finir comme une mise en commun de ressources individuelles pour permettre la r\u00e9alisation d\u2019une action collective \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 encore nous retrouvons une inspiration de Castoriadis pour qui le collectif est \u00ab \u00e0 la fois un regroupement de production et de lutte. C\u2019est parce qu\u2019ils ont \u00e0 r\u00e9soudre en commun des probl\u00e8mes d\u2019organisation de leur travail, dont les divers aspects se commandent r\u00e9ciproquement, que les ouvriers forment obligatoirement des collectivit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires qui ne sont mentionn\u00e9es dans l\u2019organigramme d\u2019aucune entreprise. C\u2019est parce que leur situation dans la production cr\u00e9e entre eux une communaut\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eats, d\u2019attitudes et d\u2019objectifs s\u2019opposant irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 ceux de la direction que les ouvriers s\u2019associent spontan\u00e9ment, au niveau le plus \u00e9l\u00e9mentaire, pour r\u00e9sister, se d\u00e9fendre, lutter\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette perspective l\u2019expertise n\u2019a de sens que si elle est partie int\u00e9grante d\u2019un rapport de force. Plus, c\u2019est dire que l\u2019expertise doit elle-m\u00eame abandonner sa \u00ab neutralit\u00e9 \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire sa position experte en surplomb, pour \u00eatre co-construite avec et pour les salari\u00e9s en lutte. Sans cela elle sera in\u00e9vitablement rattrap\u00e9e par le double \u00e9cueil qui la guette en permanence entre impuissance et outil de gestion des ressources humaines. \u00c0 l\u2019inverse de la sous-traitance de l\u2019expertise qui externalise la gestion des risques psychologiques, elle doit \u00e9galement \u00eatre r\u00e9appropri\u00e9e comme savoir collectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous para\u00eet donc indispensable de partir de la souffrance\u2026 pour mieux la d\u00e9passer. La souffrance n\u2019a pas sa valeur en elle-m\u00eame, elle peut en revanche \u00eatre principe d\u2019action. Si le d\u00e9ni la concernant participe de la banalisation du mal, on ne peut s\u2019en tenir au compassionnel sous peine de susciter une m\u00e9dicalisation du social par le soin apport\u00e9 aux plus \u00ab fragiles \u00bb. Reconna\u00eetre sa souffrance, reconna\u00eetre celle des autres, doit amener la constitution et la prise de conscience d\u2019un sujet collectif. Elle reste n\u00e9anmoins une exp\u00e9rience sociale n\u00e9gative infra-politique si elle ne permet pas de poser \u00e0 nouveaux frais la question de la sant\u00e9 au travail. Il s\u2019agira d\u2019\u00e9liminer le n\u00e9gatif par la chasse aux risques psychosociaux, nouvelle extension du domaine des ressources humaines, soustrait\u00e9e au march\u00e9 d\u2019une psychologie du travail. Si la gestion des ressources humaines n\u2019est pas assez diligente dans ce domaine il sera alors fait appel aux autorit\u00e9s publiques. Toutes interventions qui laisseront bien s\u00fbr intactes le pouvoir de direction des employeurs, l\u2019exploitation et la domination du travail par ceux qui d\u00e9tiennent les moyens de production.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant derri\u00e8re, ou malgr\u00e9 la souffrance, les travailleurs r\u00e9sistent, continuent \u00e0 travailler, \u00e0 faire valoir d\u2019autres crit\u00e8res. Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ici que la plainte peut devenir savoir et se politiser. Lutter contre le travail pathog\u00e8ne ce n\u2019est pas limiter l\u2019exposition aux risques psychosociaux, c\u2019est se r\u00e9approprier le travail et le maintenir collectivement en d\u00e9bat, c\u2019est-\u00e0-dire maintenir cette r\u00e9appropriation vivante. La politisation de la souffrance passe ainsi par la restauration du pouvoir d\u2019agir des collectifs de travail, cette restauration \u00e9tant elle-m\u00eame condition du d\u00e9veloppement de la sant\u00e9, au-del\u00e0 la souffrance. C\u2019est qu\u2019ici la sant\u00e9 est plus que l\u2019absence de trouble, elle est force vitale, capacit\u00e9 \u00e0 agir sur son environnement et non adaptation \u00e0 celui-ci. Un tel projet est en soi une promesse de subversion de l\u2019ordre capitaliste et de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronomie qui le constitue. Le contr\u00f4le de l\u2019ouvrier sur ses oeuvres et la revendication\u00a0\u00a0de l\u2019autonomie ouvri\u00e8re retrouvent ici une nouvelle jeunesse.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: PalatinoLinotype-Roman;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: PalatinoLinotype-Roman;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Gilles Gourc<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\">(article paru initialement dans le n\u00b038 de la revue <a href=\"https:\/\/refractions.plusloin.org\"><i>Refractions<\/i><\/a>)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lutte c\u2019est la sant\u00e9 ! Pour une politique de la souffrance Dossier \u00ab Rappelle-toi surtout, pendant ces ann\u00e9es de souffrances trop dures, de quoi tu souffrais le plus. Tu ne t\u2019en rendais peut-\u00eatre pas bien compte, mais si tu r\u00e9fl\u00e9chis un moment, tu sentiras que c\u2019est vrai. 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