{"id":437,"date":"2013-10-05T13:39:39","date_gmt":"2013-10-05T13:39:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cnt-tas.org\/?p=437"},"modified":"2013-10-05T13:39:39","modified_gmt":"2013-10-05T13:39:39","slug":"la-confederation-generale-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/?p=437","title":{"rendered":"La Conf\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale du Travail"},"content":{"rendered":"<p><em>Texte d&rsquo;\u00c9mile Pouget.<\/em><\/p>\n<h2>L&rsquo;organisation<\/h2>\n<p><span style=\"text-align: justify;\">Depuis qu&rsquo;au congr\u00e8s corporatif de Limoges de 1895 la classe ouvri\u00e8re s&rsquo;est donn\u00e9 une organisation autonome, ind\u00e9pendante de tous les partis d\u00e9mocratiques, elle a eu la tendance continue \u00e0 toujours se lib\u00e9rer davantage de toutes les tutelles, soit de l&rsquo;\u00c9tat, soit des municipalit\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est que la classe ouvri\u00e8re ne r\u00eave pas de s&rsquo;adapter au monde capitaliste, de s&rsquo;encastrer dans le syst\u00e8me de production actuelle, pour s&rsquo;y d\u00e9velopper au mieux de ses int\u00e9r\u00eats. Elle a des vis\u00e9es plus hautes \u2014 des vis\u00e9es de transformation sociale \u2014 et ce sont ces aspirations r\u00e9volutionnaires qui l&rsquo;ont amen\u00e9e \u00e0 se constituer en parti de classe et en opposition \u00e0 tous les autres partis et en opposition \u00e0 toutes les autres classes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, outre que par sa forme d&rsquo;organisation la classe ouvri\u00e8re entend s&rsquo;\u00eatre forg\u00e9 un moyen de lutter, au jour le jour, contre les forces d&rsquo;exploitation et d&rsquo;oppression, elle entend, aussi, r\u00e9aliser et fortifier des groupements aptes \u00e0 accomplir l&rsquo;expropriation capitaliste et capables de proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9organisation sociale sur le plan communiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;organisme conf\u00e9d\u00e9ral est essentiellement<i>\u00a0f\u00e9d\u00e9raliste.<\/i>\u00a0A la base, il y a le syndicat \u2014 qui est un agglom\u00e9rat de travailleurs ; au deuxi\u00e8me degr\u00e9, il y a la f\u00e9d\u00e9ration de syndicats et l&rsquo;union de syndicats \u2014 qui sont des agglom\u00e9rats de syndicats ; puis, au troisi\u00e8me et dernier degr\u00e9, il y a la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail \u2014 qui est un agglom\u00e9rat de f\u00e9d\u00e9rations et d&rsquo;unions de syndicats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A chaque degr\u00e9, l&rsquo;autonomie de l&rsquo;organisme est compl\u00e8te : les f\u00e9d\u00e9rations et unions de syndicats sont autonomes dans la Conf\u00e9d\u00e9ration ; les syndicats sont autonomes dans les f\u00e9d\u00e9rations et unions de syndicats ; les syndiqu\u00e9s sont autonomes dans les syndicats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette coordination des forces ouvri\u00e8res s&rsquo;est faite, naturellement, logiquement, comme toutes les manifestations de la vie, et non arbitrairement, suivant un programme \u00e9labor\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avance. Elle s&rsquo;est faite du simple au compos\u00e9, en partant de la base : les syndicats se sont d&rsquo;abord constitu\u00e9s ; puis, quand la n\u00e9cessit\u00e9 de groupements plus complexes est apparue, sont venues les f\u00e9d\u00e9rations et unions de syndicats; ensuite, \u00e0 son heure, s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e la Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<h3>I. \u2014 Les syndicats<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les syndicats, cellule de l&rsquo;organisation corporative, sont constitu\u00e9s par le groupement des ouvriers d&rsquo;un m\u00eame m\u00e9tier, d&rsquo;une m\u00eame industrie ou accomplissant des besognes similaires. La volont\u00e9 initiale des constituants du syndicat est de r\u00e9aliser une force capable de r\u00e9sister aux exigences patronales. Donc, le groupement se fait, spontan\u00e9ment, sur le terrain \u00e9conomique, sans qu&rsquo;il soit besoin qu&rsquo;intervienne aucune id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue, ce sont des int\u00e9r\u00eats qui sont en jeu ; et tous les ouvriers qui ont des int\u00e9r\u00eats identiques \u00e0 ceux d\u00e9battus dans ce groupement peuvent s&rsquo;y affilier, sans qu&rsquo;ils aient \u00e0 faire conna\u00eetre quelles sont leurs conceptions en mati\u00e8re philosophique, politique ou religieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une caract\u00e9ristique du syndicat, sur laquelle il est n\u00e9cessaire d&rsquo;insister, est qu&rsquo;il ne limite pas son action \u00e0 revendiquer uniquement pour ses membres ; il n&rsquo;est pas un groupement particulariste, mais profond\u00e9ment social, et c&rsquo;est pour l&rsquo;ensemble de la corporation qu&rsquo;il combat. Par l\u00e0 m\u00eame ne pr\u00e9side \u00e0 sa coordination aucune pens\u00e9e d&rsquo;\u00e9troit \u00e9go\u00efsme, mais un sentiment de profonde solidarit\u00e9 sociale ; il manifeste, d\u00e8s l&rsquo;origine, les tendances communistes qu&rsquo;il porte en soi et qui iront en s&rsquo;accentuant, au fur et \u00e0 mesure de son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On sait que les syndicats ne sont pas de cr\u00e9ation r\u00e9cente, quoique la loi qui r\u00e8gle leur existence ne remonte qu&rsquo;\u00e0 1884. Longtemps avant, malgr\u00e9 l&rsquo;interdiction l\u00e9gale il s&rsquo;en \u00e9tait constitu\u00e9. Et c&rsquo;est parce que, en fait, les syndicats avaient conquis leur place au soleil que l&rsquo;\u00c9tat s&rsquo;est avis\u00e9 de leur reconna\u00eetre une existence l\u00e9gale ; il a sanctionn\u00e9 ce qu&rsquo;il ne pouvait emp\u00eacher. Il l&rsquo;a fait, d&rsquo;ailleurs, avec l&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9e de canaliser et d&rsquo;\u00e9nerver cette force ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces pr\u00e9occupations gouvernementales n&rsquo;\u00e9chapp\u00e8rent pas \u00e0 la clairvoyance des travailleurs. Aussi, d\u00e8s l&rsquo;abord, ils accueillirent avec r\u00e9pugnance et suspicion la loi nouvelle, se refusant \u00e0 remplir les formalit\u00e9s exig\u00e9es. Depuis lors, cependant, la plupart des syndicats qui se fondent ne se constituent plus en marge de la loi. Certes, il y a dans ce fait un peu d&rsquo;accoutumance ; cependant, cela ne signifie pas que les organisations corporatives disciplin\u00e9es se soumettent \u00e0 l&rsquo;esprit de la loi. Le contraire est plus exact : les syndicats ne tiennent pas compte des prescriptions l\u00e9gislatives ; ils se d\u00e9veloppent sans se pr\u00e9occuper d&rsquo;elles et, s&rsquo;ils remplissent les formalit\u00e9s exig\u00e9es, c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils n&rsquo;y attachent aucune importance, se sachant assez forts pour passer outre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La loi de 1884, apr\u00e8s avoir aboli la l\u00e9gislation interdisant tout groupement corporatif \u00e9dicte pour les syndicats la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9poser leurs statuts \u00e0 la mairie et les noms de ceux qui, \u00e0 un titre quelconque, sont charg\u00e9s de l&rsquo;administration; il est stipul\u00e9 que ces derniers doivent \u00eatre fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9unions syndicales sont libres ; elles se tiennent sans avis pr\u00e9alable aux autorit\u00e9s, sans qu&rsquo;aucune entrave puisse \u00eatre mise \u00e0 leur tenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De prime abord, l&rsquo;objection faite \u00e0 cette loi fut l&rsquo;obligation de faire conna\u00eetre le nom des militants du syndicat. On craignait avec raison que la police, avis\u00e9e ainsi naturellement, n&rsquo;interv\u00eent chez les patrons des administrateurs et leur occasionn\u00e2t des ennuis. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une crainte exag\u00e9r\u00e9e ; la chose s&rsquo;est produite un nombre incalculable de fois. Seulement, \u00e0 la pratique de la lutte, les militants se sont rendu compte que cet inconv\u00e9nient r\u00e9sultait autant de l&rsquo;action syndicale elle-m\u00eame que de la d\u00e9claration l\u00e9gale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;administration syndicale est tr\u00e8s simple; l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du syndicat nomme un conseil syndical de quelques membres, environ une dizaine, et un secr\u00e9taire et un tr\u00e9sorier ont charge de la besogne, toute d&rsquo;administration. Les fonctions du conseil syndical, de m\u00eame que celles du secr\u00e9taire et du tr\u00e9sorier, sont tr\u00e8s d\u00e9finies, limit\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution des d\u00e9cisions de l&rsquo;assembl\u00e9e. Pour toute question d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral et non pr\u00e9vue, c&rsquo;est \u00e0 elle qu&rsquo;il en est r\u00e9f\u00e9r\u00e9. Les d\u00e9cisions de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale sont souveraines et valables quel que soit le nombre des membres pr\u00e9sents. En cela se manifeste la divergence de principe qui met aux deux p\u00f4les le d\u00e9mocratisme et le syndicalisme. Le premier est la manifestation des majorit\u00e9s inconscientes, qui, par le jeu du suffrage universel, font bloc pour \u00e9touffer les minorit\u00e9s conscientes, en vertu du dogme de la souverainet\u00e9 populaire. \u00c0 cette souverainet\u00e9, le syndicalisme oppose les droits des individus et il tient seulement compte des volont\u00e9s exprim\u00e9es par eux. Si les volont\u00e9s manifest\u00e9es sont peu nombreuses, c&rsquo;est regrettable, mais ce n&rsquo;est pas une raison pour les annihiler sous le poids mort des inconsciences ; il consid\u00e8re donc que les indiff\u00e9rents, par le seul fait qu&rsquo;ils ont n\u00e9glig\u00e9 de formuler leur volont\u00e9, n&rsquo;ont qu&rsquo;\u00e0 acquiescer aux d\u00e9cisions prises. Et cela est d&rsquo;autant plus normal qu&rsquo;ils se sont enlev\u00e9 tout droit de critique, par leur apathie et leur r\u00e9signation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La besogne du syndicat qui prime toutes les autres et qui lui donne son v\u00e9ritable caract\u00e8re d&rsquo;organisme de combat social est une besogne de lutte de classe ; elle est de r\u00e9sistance et d&rsquo;\u00e9ducation. Le syndicat veille aux int\u00e9r\u00eats professionnels, non pas sp\u00e9cialement de ses membres, mais de l&rsquo;ensemble de la corporation ; par son action, il tient en respect le patron, r\u00e9fr\u00e8ne ses insatiables d\u00e9sirs d&rsquo;exploitation, revendique un mieux-\u00eatre toujours plus consid\u00e9rable, se pr\u00e9occupe des conditions d&rsquo;hygi\u00e8ne dans la production, etc. Outre cette besogne quotidienne, il a souci de ne pas n\u00e9gliger l&rsquo;\u0153uvre \u00e9ducatrice qui consiste \u00e0 pr\u00e9parer la mentalit\u00e9 des travailleurs \u00e0 une transformation sociale \u00e9liminant le patronat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les besognes au jour le jour auxquelles le syndicat fait face sont de deux ordres: appui mutuel et r\u00e9sistance ; ainsi il s&rsquo;occupe du placement des sans-travail et facilite \u00e0 ceux-ci la recherche d&#8217;emploi ; il y a m\u00eame des syndicats qui s&rsquo;adonnent \u00e0 des \u0153uvres de mutualit\u00e9, telles que secours de maladie, de ch\u00f4mage, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans cette voie, qui n&rsquo;est pas sp\u00e9cifique de la lutte de classe et qui, au contraire, si d&rsquo;autre horizon n&rsquo;apparaissait pas, constituerait une adaptation du syndicat au milieu capitaliste, que les pouvoirs publics voudraient voir s&rsquo;aiguiller les organisations corporatives. Ils les souhaiteraient mettant au premier plan ces \u0153uvres, plus mutualistes que revendicatrices. Mais les syndicats fran\u00e7ais ont d\u00e9pass\u00e9 ce stade ; ils ont fait de la mutualit\u00e9 autrefois, principalement pour masquer l&rsquo;\u0153uvre ill\u00e9gale de r\u00e9sistance au patronat ; ils ont m\u00eame caress\u00e9 le r\u00eave de s&rsquo;\u00e9manciper par la coop\u00e9ration ; seulement, l&rsquo;exp\u00e9rience aidant, ils se sont d\u00e9gag\u00e9s et, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est l&rsquo;\u0153uvre de r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;exploitation capitaliste qui domine toutes leurs pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette attitude diff\u00e9rencie les syndicats fran\u00e7ais de ceux des autres pays (Angleterre, Allemagne, etc.), o\u00f9 la mutualit\u00e9 tient une large place dans les pr\u00e9occupations. En France, on ne d\u00e9daigne pas la mutualit\u00e9, forme primaire de la solidarit\u00e9, mais on en fait en dehors du syndicat, afin de ne pas surcharger l&rsquo;organisme de lutte et risquer d&rsquo;att\u00e9nuer ainsi sa force combative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tableau suivant, qui indique les institutions cr\u00e9\u00e9es par les syndicats, fait constater le r\u00f4le effac\u00e9 attribu\u00e9 \u00e0 la mutualit\u00e9 dans les syndicats. Sur plus de 5500 syndicats au 1er janvier 1908, date de la derni\u00e8re statistique, qui englobe les syndicats ouvriers \u00abrouges\u00bb aussi bien que les \u00abjaunes\u00bb, et qui a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9e par le minist\u00e8re du Travail, il y avait en leur sein:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"80%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>Bureaux ou offices de placement&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>1290<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Biblioth\u00e8ques professionnelles&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/td>\n<td>1412<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Caisses de secours mutuels&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/td>\n<td>1037<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Caisses de ch\u00f4mage&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/td>\n<td>743<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Secours de route (viaticum)&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>972<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Cours et \u00e9coles professionnelles&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>484<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Caisses de retraite&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>95<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Caisses de cr\u00e9dit mutuel&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>75<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Coop\u00e9ratives de consommation, \u00e9conomats&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/td>\n<td>126<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Coop\u00e9ratives de production&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/td>\n<td>64<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le voit, \u00e0 part les bureaux de placement qui, apr\u00e8s les biblioth\u00e8ques, tiennent le premier rang, les \u0153uvres de mutualit\u00e9 n&rsquo;arrivent pas \u00e0 d\u00e9passer le cinqui\u00e8me de l&rsquo;effectif des organisations syndicales. Les caisses de ch\u00f4mage et celles de secours de route, qui sont une sorte de solidarit\u00e9 de classe, viennent \u00e0 peu pr\u00e8s sur le m\u00eame rang \u2014 englobant environ le sixi\u00e8me de l&rsquo;effectif syndical.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement s&rsquo;est pr\u00e9occup\u00e9 de pousser au d\u00e9veloppement des caisses de ch\u00f4mage, en accordant une prime\u2014 sous forme de subvention globale de cent mille francs \u00e0 r\u00e9partir annuellement entre elles \u2014, mais l&rsquo;app\u00e2t de cette subvention n&rsquo;a pas eu l&rsquo;effet qu&rsquo;il esp\u00e9rait. Les organisations corporatives n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 aguich\u00e9es ; elles ont pr\u00eat\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat l&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9e de vouloir les leurrer, avec l&rsquo;espoir de pallier le ch\u00f4mage gr\u00e2ce \u00e0 ces caisses. Aussi, infime est le nombre des organisations qui, sur cette incitation, ont constitu\u00e9 des caisses de ch\u00f4mage; la majeure partie des caisses est ant\u00e9rieure \u00e0 cette subvention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la plupart des cas, avons-nous dit, les caisses de mutualit\u00e9 et de ch\u00f4mage ne sont pas soud\u00e9es au syndicat ; elles en sont des filiales autonomes, ayant une existence propre, et l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 ces caisses n&rsquo;est pas, pour le syndiqu\u00e9, obligatoire. Il n&rsquo;en est gu\u00e8re autrement que dans les syndicats de constitution d\u00e9j\u00e0 ancienne. L&rsquo;autonomie relative de ces diverses \u0153uvres a l&rsquo;avantage de ne pas surcharger le syndicat de pr\u00e9occupations autres que la r\u00e9sistance et de ne pas att\u00e9nuer son caract\u00e8re de lutte de classe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est cela qui est, en France, l&rsquo;objectif dominant de l&rsquo;organisation syndicale:\u00a0<i>la lutte de classe.<\/i>\u00a0Et c&rsquo;est justement parce qu&rsquo;ils ont ce caract\u00e8re nettement combatif que les syndicats n&rsquo;ont pas encore englob\u00e9 dans leur sein les foules ouvri\u00e8res dont s&rsquo;enorgueillissent les organisations d&rsquo;autres pays. Seulement, ce qu&rsquo;il faut souligner, c&rsquo;est que ces foules vont \u00e0 ces syndicats attir\u00e9es surtout par le mirage de la mutualit\u00e9, tandis qu&rsquo;en France ces pr\u00e9occupations sont tr\u00e8s secondaires et les travailleurs se syndiquent parce qu&rsquo;ils sentent \u2014 plus ou moins vaguement ou nettement \u2014la n\u00e9cessit\u00e9 de la r\u00e9sistance au patronat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce caract\u00e8re des syndicats fran\u00e7ais, les statuts types \u00e9dit\u00e9s par la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail le formulent en la suivante d\u00e9claration pr\u00e9alable :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00abConsid\u00e9rant que par sa seule puissance le travailleur ne peut esp\u00e9rer r\u00e9duire l&rsquo;exploitation dont il est victime; ,<\/i><br \/>\n<i>Que, d&rsquo;autre part, ce serait s&rsquo;illusionner que d&rsquo;attendre notre \u00e9mancipation des gouvernants, car \u2014 \u00e0 les supposer anim\u00e9s des meilleures intentions \u00e0 notre \u00e9gard \u2014 ils ne peuvent rien de d\u00e9finitif, attendu que l&rsquo;am\u00e9lioration de notre sort est en raison directe de la d\u00e9croissance de la puissance gouvernementale ;<\/i><br \/>\n<i>Consid\u00e9rant que, de par les effets de l&rsquo;industrie moderne et de l&rsquo;appui \u00ablogique\u00bb que procure le pouvoir aux d\u00e9tenteurs de la propri\u00e9t\u00e9 et des instruments de production, il y a antagonisme permanent entre le Capital et le Travail ;<\/i><br \/>\n<i>Que, de ce fait, deux classes bien distinctes et irr\u00e9conciliables sont en pr\u00e9sence : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ceux qui d\u00e9tiennent le Capital, de l&rsquo;autre les Producteurs qui sont les cr\u00e9ateurs de toutes les richesses, puisque le Capital ne se constitue que par un pr\u00e9l\u00e8vement effectu\u00e9 au d\u00e9triment du Travail ;<\/i><br \/>\n<i>Pour ces raisons, les prol\u00e9taires doivent donc se faire un devoir de mettre en application l&rsquo;axiome de l&rsquo;Internationale:<\/i>\u00a0\u00abL&rsquo;\u00c9MANCIPATION DES TRAVAILLEURS NE PEUT \u00caTRE QUE L&rsquo;\u0152UVRE DES TRAVAILLEURS EUX-MEMES\u00bb ;<br \/>\n<i>Consid\u00e9rant que, pour atteindre ce but, de toutes les formes de groupement le syndicat est la meilleure, attendu qu&rsquo;il est un groupement d&rsquo;int\u00e9r\u00eats coalisant les exploit\u00e9s devant l&rsquo;ennemi commun: le capitaliste; que par cela m\u00eame il rallie dans son sein tous les producteurs de quelque opinion ou conception philosophique, politique ou religieuse\u00a0 qu&rsquo;ils se r\u00e9clament ;<\/i><br \/>\n<i>Consid\u00e9rant \u00e9galement que si le syndicat se cantonnait dans un isolement regrettable, il commettrait fatalement (toutes proportions gard\u00e9es) la m\u00eame erreur que le travailleur isol\u00e9 et qu&rsquo;il manquerait ainsi \u00e0 la pratique de la\u00a0 solidarit\u00e9; il y a donc n\u00e9cessit\u00e9 que tous les producteurs s&rsquo;unissent d&rsquo;abord dans le syndicat et, ce premier acte r\u00e9alis\u00e9, compl\u00e8tent l&rsquo;\u0153uvre syndicale en faisant adh\u00e9rer leur syndicat \u00e0 leur F\u00e9d\u00e9ration locale ou Bourse du travail, et par le canal de leur union nationale \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration\u00a0 g\u00e9n\u00e9rale du Travail ;<\/i><br \/>\n<i>\u00c0 cette condition seulement, les travailleurs pourront lutter efficacement contre les oppresseurs jusqu&rsquo;\u00e0 la compl\u00e8te disparition du salariat et du patronat.\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9claration, qui pr\u00e9cise l&rsquo;orientation syndicale, est, en termes plus ou moins explicites, celle dont se r\u00e9clament la grande majorit\u00e9 des syndicats. En effet, sur les 5 500 syndicats, les plus actifs, les plus vivants \u2014\u00a0 ceux qu&rsquo;on qualifie de \u00absyndicats rouges\u00bb\u2014 sont adh\u00e9rents \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail. Celle-ci groupe, en fait, dans sa section des f\u00e9d\u00e9rations, 2 600 syndicats et, si l&rsquo;on tient compte qu&rsquo;\u00e0 sa section des Bourses du travail sont group\u00e9s nombre de syndicats qui ne sont pas affili\u00e9s \u00e0 une F\u00e9d\u00e9ration corporative, on constate que plus des deux tiers des syndicats sont conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Outre les syndicats adh\u00e9rant seulement \u00e0 leur F\u00e9d\u00e9ration corporative et \u00e0 leur Bourse du travail, le nombre de ceux adh\u00e9rant seulement \u00e0 leur Bourse s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 la section des Bourses du travail \u00e0 environ 900. Ces syndicats, ajout\u00e9s aux 2 600 affil\u00e9s aux F\u00e9d\u00e9rations corporatives, donnent un total de 3 500 syndicats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autre part, il faut se souvenir que les statistiques gouvernementales n&rsquo;ont qu&rsquo;une valeur relative. Sur les 5 500 syndicats qu&rsquo;elles annoncent, il en est de fictifs et d&rsquo;inexistants \u2014, sans compter les syndicats\u00a0<i>jaunes.<\/i>\u00a0Or, quoique la plupart de ces derniers n&rsquo;aient qu&rsquo;une vitalit\u00e9 probl\u00e9matique, constitu\u00e9s qu&rsquo;ils sont sous l&rsquo;influence patronale, ils n&rsquo;en font pas moins nombre. Ainsi, dans le seul d\u00e9partement du Nord (qui d&rsquo;ailleurs \u00e0 ce point de vue offre une situation tout \u00e0 fait exceptionnelle), les patrons, aid\u00e9s des congr\u00e9gations religieuses, ont cr\u00e9\u00e9 une centaine de syndicats jaunes; la plupart de ces pr\u00e9tendus syndicats comprennent une trentaine d&rsquo;ouvriers d&rsquo;une m\u00eame usine, sous les ordres d&rsquo;un contrema\u00eetre. De tels agglom\u00e9rats n&rsquo;ont de syndicats que l&rsquo;\u00e9tiquette \u2014 cependant ils ont leur \u00e9tat civil \u00e0 l&rsquo;Annuaire des syndicats que publie l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, en faisant le d\u00e9part des syndicats fictifs, probl\u00e9matiques et jaunes, on constate que la majeure partie des syndicats rel\u00e8ve de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail.<\/p>\n<h3>II. \u2014 Les F\u00e9d\u00e9rations et les Unions de syndicats<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;affiliation des syndicats \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration s&rsquo;effectue par la voie d&rsquo;une double s\u00e9rie d&rsquo;organismes f\u00e9d\u00e9ratifs qui groupent, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les syndicats de professions diverses agglom\u00e9r\u00e9es dans une m\u00eame ville ou r\u00e9gion et, de l&rsquo;autre, les syndicats d&rsquo;une m\u00eame profession r\u00e9pandus sur la surface du territoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premiers de ces groupements sont les Bourses du travail ou Unions de syndicats; les seconds sont les F\u00e9d\u00e9rations nationales corporatives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>L&rsquo;Union des syndicats<\/i>\u00a0d&rsquo;une m\u00eame ville est une telle n\u00e9cessit\u00e9 que ce mode de groupement s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 rapidement, plus rapidement m\u00eame que les F\u00e9d\u00e9rations corporatives. Les syndicats ont vite compris que si, dans leur centre, ils restaient isol\u00e9s les uns des autres, ils se trouveraient \u00e0 peu pr\u00e8s dans la m\u00eame situation qu&rsquo;un travailleur se tenant \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du syndicat : ils n&rsquo;eussent pu compter que sur leurs propres forces et leurs sentiments de r\u00e9volte n&rsquo;eussent pas \u00e9t\u00e9 f\u00e9cond\u00e9s par leur esprit de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, le groupement des syndicats d&rsquo;une m\u00eame ville s&rsquo;est fait plus spontan\u00e9ment que le groupement f\u00e9d\u00e9ral corporatif, rayonnant sur toute la France. Il a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 par l&rsquo;appui des municipalit\u00e9s, qui, avec une arri\u00e8re-pens\u00e9e politique, ont donn\u00e9 locaux et subventions \u00e0 ces agglom\u00e9rats de syndicats. Ces institutions nouvelles ont pris le titre de\u00a0<i>Bourses du travail.<\/i>\u00a0Les municipalit\u00e9s avaient esp\u00e9r\u00e9 que ces organisations limiteraient leur action au terre \u00e0 terre corporativiste et avaient escompt\u00e9 par leurs largesses s&rsquo;attirer la reconnaissance des syndicats, s&rsquo;en faire une client\u00e8le \u00e9lectorale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, la Bourse du travail est, en devenir, l&rsquo;organisme qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 transform\u00e9e, o\u00f9 il n&rsquo;y aura plus possibilit\u00e9 d&rsquo;exploitation humaine, se substituera \u00e0 la municipalit\u00e9. Par cons\u00e9quent, il est in\u00e9vitable que des conflits \u00e9clatent entre ces deux forces en pr\u00e9sence, l&rsquo;une repr\u00e9sentant le pass\u00e9, l&rsquo;autre l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les syndicats ne se sont pas crus li\u00e9s par les subventions re\u00e7ues; ils ont suivi leur voie, sans se pr\u00e9occuper si leur action causait ou non un pr\u00e9judice \u00e9lectoral au personnel politique de l&rsquo;h\u00f4tel de ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, par rancune et par d\u00e9pit, nombre de municipalit\u00e9s sont parties en guerre contre les Bourses du travail, leur refusant les subventions ou ne les accordant qu&rsquo;\u00e0 des conditions inacceptables. Et il est \u00e0 noter que ces pers\u00e9cutions ne sont pas particuli\u00e8res \u00e0 des municipalit\u00e9s d&rsquo;opinion r\u00e9actionnaire ou simplement r\u00e9publicaine, mais que des municipalit\u00e9s socialistes ont \u00e9t\u00e9 des plus acharn\u00e9es contre les Bourses du travail. Pour n&rsquo;en citer que deux : celles des deux grandes villes, Paris et Lyon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces conflits sont une manifestation de la divergence qu&rsquo;il y a entre le d\u00e9mocratisme et le syndicalisme. Quelles que soient les opinions arbor\u00e9es par les municipalit\u00e9s \u2014 m\u00eame socialistes\u2014, ces opinions \u00e9voluent dans le cadre de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et, par cons\u00e9quent, aboutissent \u00e0 le perp\u00e9tuer ; au contraire, \u00e0 la Bourse du travail, parce que les opinions sont une pr\u00e9occupation insignifiante, tout concourt \u00e0 d\u00e9velopper l&#8217;embryon de la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle qui se substituera au capitalisme. C&rsquo;est cet antagonisme que marquent les conflits entre les municipalit\u00e9s et les Bourses du travail ; il y a discordance compl\u00e8te de points de vue et d&rsquo;int\u00e9r\u00eats entre ces deux organismes \u2014discordance qui ne tient pas aux opinions, encore une fois, puisque des municipalit\u00e9s de toutes opinions ont pers\u00e9cut\u00e9 des Bourses du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est par besoin, faute de ressources suffisantes, que les organisations ouvri\u00e8res acceptaient ou demandaient les subventions municipales; mais, \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, elles ont compris \u00e0 quels dangers les expose cette tutelle et elles ont man\u0153uvr\u00e9 pour s&rsquo;en lib\u00e9rer. Il s&rsquo;est constitu\u00e9 d&rsquo;abord des Unions de syndicats, vivant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Bourse du travail, quelquefois m\u00eame dans le local municipal. Il y a alors une juxtaposition d&rsquo;organismes qui pr\u00eate \u00e0 un peu de confusion : la Bourse du travail et l&rsquo;Union des syndicats s&rsquo;entrelacent, administr\u00e9es quelquefois par les m\u00eames hommes. Mais l&rsquo;Union des syndicats est alors un organisme moralement autonome, pouvant faire sa propagande sans se pr\u00e9occuper si cela pla\u00eet ou non \u00e0 la municipalit\u00e9, et la Bourse du travail n&rsquo;est plus qu&rsquo;un local ou tout au plus un organisme inf\u00e9rieur. Quand cette situation se pr\u00e9sente, la Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail s&rsquo;affilie l&rsquo;Union des syndicats et non la Bourse du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette semi-ind\u00e9pendance est encore trop pr\u00e9caire ; aussi, de plus en plus, les Unions locales tendent \u00e0 se lib\u00e9rer de tout subventionnisme, en s&rsquo;installant dans des locaux \u00e0 elles. Cette pleine autonomie, qui est en passe de se r\u00e9aliser \u2014 trop lentement au gr\u00e9 des plus actifs militants \u2014, tout en n\u00e9cessitant, de la part des syndicats, de lourds sacrifices et de grands efforts, donnera au mouvement syndical un essor prodigieux et accro\u00eetra la confiance que les travailleurs mettent en lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Bourses du travail ou Unions locales sont aujourd&rsquo;hui au nombre de 157, affili\u00e9es \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail ; elles groupent 2 600 syndicats, sur lesquels environ 1700 sont reli\u00e9s \u00e0 une F\u00e9d\u00e9ration nationale corporative. Il y a donc \u00e0 peu pr\u00e8s 900 syndicats qui, au point de vue de l&rsquo;affiliation \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration, sont \u00abboiteux\u00bb attendu qu&rsquo;ils ne rel\u00e8vent que de l&rsquo;une des deux sections conf\u00e9d\u00e9rales, celle des Bourses du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;administration de ces organismes locaux proc\u00e8de toujours du principe f\u00e9d\u00e9ratif : les syndicats nomment un ou plusieurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, sans dur\u00e9e de mandat d\u00e9termin\u00e9e, par cons\u00e9quent toujours r\u00e9vocables, pour constituer un conseil d&rsquo;administration qui doit assurer le fonctionnement de tous les services de la Bourse du travail. Ces services sont de deux ordres : de solidarit\u00e9 et de propagande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre le service de placement gratuit, les Bourses du travail assurent, au mieux de leurs ressources, l&rsquo;aide aux\u00a0 ouvriers sans travail et de passage ; elles assurent le fonctionnement de cours professionnels, donnent des renseignements judiciaires, etc. Au point de vue propagande, leur besogne n&rsquo;est pas moins importante : sous leur influence, le contingent syndical s&rsquo;accro\u00eet en nombre et en conscience, soit qu&rsquo;elles prennent l&rsquo;initiative de la constitution de nouveaux syndicats, soit qu&rsquo;elles aident au d\u00e9veloppement de ceux existants. Exemple: c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 des Bourses du travail du Midi que sont dues la p\u00e9n\u00e9tration du syndicalisme chez les travailleurs agricoles et la cr\u00e9ation de nombreux syndicats de paysans vignerons dans le centre de la France, c&rsquo;est la Bourse du travail de Bourges qui a organis\u00e9 les b\u00fbcherons ; dans l&rsquo;Ouest, c&rsquo;est la Bourse du travail de Brest qui a secou\u00e9 la vieille Bretagne, jusque-l\u00e0 rest\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de tout mouvement ouvrier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autre part, quand une gr\u00e8ve \u00e9clate, les Bourses du travail sont le foyer o\u00f9 se concentrent les travailleurs en r\u00e9volte et, si une action d&rsquo;ensemble s&rsquo;organise, mat\u00e9rialisant la solidarit\u00e9 de toute la classe ouvri\u00e8re du pays \u2014 propagande g\u00e9n\u00e9rale ou mouvement de masse \u2014, c&rsquo;est d&rsquo;elles que rayonne l&rsquo;influence vivifiante. Qui plus est, au point de vue antimilitariste, leur action est consid\u00e9rable: elles sont accueillantes aux soldats, les r\u00e9confortent et contrebalancent en eux les influences pernicieuses de la caserne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Bourses du travail ou Unions sont unies entre elles par un lien f\u00e9d\u00e9ratif: elles sont affili\u00e9es \u00e0 un organisme qui \u00e9tait, il y a quelques ann\u00e9es, la F\u00e9d\u00e9ration des Bourses du travail et qui est devenue, depuis la r\u00e9alisation de l&rsquo;<i>unit\u00e9 ouvri\u00e8re<\/i>au congr\u00e8s de Montpellier de 1902, la Section conf\u00e9d\u00e9rale des Bourses du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous venons de voir que les Bourses ou Unions \u00e9taient, au moment du Congr\u00e8s de Marseille, de 157. Depuis, leur nombre s&rsquo;est accru et il s&rsquo;accro\u00eetra encore. Il est \u00e9vident, en effet, que le nombre de ces groupements est ind\u00e9fini, a puisqu&rsquo;il peut s&rsquo;en constituer dans chaque centre o\u00f9 existent au moins trois syndicats. Cette multiplicit\u00e9 n&rsquo;est pas un mal, au contraire ! Cependant, elle risquerait, \u00e0 un moment donn\u00e9, de vicier le fonctionnement de la Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette difficult\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue et elle est d\u00e9sormais \u00e9vit\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 un organisme interm\u00e9diaire: l&rsquo;<i>Union r\u00e9gionale de syndicats.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Union r\u00e9gionale se cr\u00e9e tant\u00f4t dans les limites du d\u00e9partement, tant\u00f4t dans les limites d&rsquo;un bassin de production d\u00e9termin\u00e9. Elle ne se substitue pas aux Bourses du travail ou Unions locales dans le rayon de leur action, mais celles-ci, au lieu d&rsquo;adh\u00e9rer directement \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration, n&rsquo;y adh\u00e8rent que par le canal de l&rsquo;Union r\u00e9gionale \u00e0 laquelle elles sont affil\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, l&rsquo;Union d\u00e9partementale de Seine-et-Marne est compos\u00e9e des Unions locales de Melun, Meaux, Nemours, etc. ; celle des Alpes-Maritimes des Unions locales de Nice, Menton, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Union r\u00e9gionale est donc un \u00e9chelon ajout\u00e9 \u00e0 l&rsquo;organisme conf\u00e9d\u00e9ral, qui a pour but de mieux souder les organisations syndicales d&rsquo;une r\u00e9gion et qui, en outre, \u00e9vitera l&rsquo;engorgement de la section conf\u00e9d\u00e9rale des Bourses du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette fa\u00e7on, l&rsquo;\u00e9quilibre n&rsquo;est pas rompu entre cette section et l&rsquo;autre section conf\u00e9d\u00e9rale, qui est celle des F\u00e9d\u00e9rations nationales corporatives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les F\u00e9d\u00e9rations corporatives sont constitu\u00e9es par des syndicats de m\u00eame industrie ou de professions similaires. Pendant longtemps, il s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9, au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration, des discussions au sujet du groupement f\u00e9d\u00e9ral par m\u00e9tier ou par industrie. Depuis le Congr\u00e8s d&rsquo;Amiens (octobre 1906), sans que soient \u00e9limin\u00e9es les F\u00e9d\u00e9rations de m\u00e9tier existantes, ne sont plus admises, \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration, que les F\u00e9d\u00e9rations d&rsquo;industrie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les F\u00e9d\u00e9rations corporatives rayonnent sur tout le pays, et, quoique leur action s&rsquo;exerce dans un autre plan que celle des Bourses du travail, elle est d&rsquo;une importance aussi capitale. On peut dire que ces deux organismes se compl\u00e8tent et que, par leur soudure dans la Conf\u00e9d\u00e9ration, ils portent au plus haut degr\u00e9 de coh\u00e9rence et d&rsquo;efficacit\u00e9 le groupement ouvrier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;agglom\u00e9rat syndical se bornait aux organismes locaux que sont les Bourses du travail, l&rsquo;horizon ouvrier se trouverait trop limit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gion et c&rsquo;est aux fronti\u00e8res de leur corporation que seraient born\u00e9es, existant seules, les F\u00e9d\u00e9rations corporatives. Ces deux formes de groupement se compl\u00e8tent donc et portent au maximum d&rsquo;acuit\u00e9 la solidarit\u00e9 prol\u00e9tarienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les F\u00e9d\u00e9rations corporatives, en servant de trait d&rsquo;union aux syndicats \u00e9pars sur la surface du territoire, leur donnent une n\u00e9cessaire unit\u00e9 de vues et pr\u00e9parent l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;action pour la lutte. Elles font \u00e9clater les diff\u00e9rences de conditions de travail et entravent l&rsquo;abaissement des salaires que vise \u00e0 r\u00e9aliser l&rsquo;exploitation capitaliste, en s&rsquo;installant dans les r\u00e9gions nouvelles o\u00f9 elle esp\u00e8re trouver des salari\u00e9s ignorants et \u00e0 bon march\u00e9. Dans les batailles sociales que sont les gr\u00e8ves, leur intervention est efficace, car, outre qu&rsquo;elles peuvent faire le vide dans la localit\u00e9 en conflit, elles peuvent appuyer les travailleurs en lutte, en condensant en leur faveur l&rsquo;effort solidaire de toute la corporation. Il est bien \u00e9vident que, livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, n&rsquo;ayant \u00e0 faire fond que sur ses maigres ressources, un syndicat isol\u00e9 aurait une puissance de r\u00e9sistance tr\u00e8s limit\u00e9e. Le groupement f\u00e9d\u00e9raliste accro\u00eet cette puissance, la multiplie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les F\u00e9d\u00e9rations corporatives ne sont pas, au point de vue organique, d&rsquo;un type uniforme. La dominante est, toujours, le f\u00e9d\u00e9ralisme avec, \u00e0 la base, l&rsquo;autonomie pour le syndicat. Cependant, il est quelques f\u00e9d\u00e9rations, parmi les plus anciennes, o\u00f9 subsiste encore un centralisme qui aurait tendance \u00e0 \u00e9touffer l&rsquo;autonomie du syndicat; mais ce sont l\u00e0 les vestiges d&rsquo;un pass\u00e9 qui s&rsquo;abolit sous la pouss\u00e9e de la conscience r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La F\u00e9d\u00e9ration, \u00e0 base essentiellement f\u00e9d\u00e9rale, est administr\u00e9e par un Comit\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral form\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de chaque syndicat affili\u00e9. Ce d\u00e9l\u00e9gu\u00e9, toujours r\u00e9vocable par le syndicat dont il rel\u00e8ve, reste donc, par correspondance, en contact permanent avec l&rsquo;organisation qui le mandate ; de la sorte est apport\u00e9, au Comit\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral, avec le plus de fid\u00e9lit\u00e9, l&rsquo;esprit des divers syndicats. Les F\u00e9d\u00e9rations de l&rsquo;Alimentation, des Cuirs et Peaux, des M\u00e9taux, etc., sont\u00a0 ainsi constitu\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le type de la F\u00e9d\u00e9ration centraliste est donn\u00e9 par la F\u00e9d\u00e9ration du Livre; elle est administr\u00e9e par un Comit\u00e9 central, nomm\u00e9 pour plusieurs ann\u00e9es, au scrutin de liste, par l&rsquo;ensemble des f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Il est inutile de montrer les inconv\u00e9nients qui peuvent r\u00e9sulter d&rsquo;une telle administration : le Comit\u00e9 central est un pouvoir qui ne rel\u00e8ve quasiment de personne et il peut arriver qu&rsquo;il ne repr\u00e9sente pas l&rsquo;esprit de la corporation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre mode de groupement f\u00e9d\u00e9ratif est le syndicat national, avec sections \u00e0 la base, n&rsquo;ayant qu&rsquo;une autonomie tr\u00e8s relative. Cette forme d&rsquo;agr\u00e9gation syndicale peut \u00eatre tenue pour sp\u00e9ciale aux travailleurs relevant de l&rsquo;\u00c9tat ou de grandes compagnies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sections syndicales d&rsquo;un syndicat national ont une vie autonome infime. Les trois quarts des cotisations per\u00e7ues sont centralis\u00e9es au syndicat, de sorte que la section, ne gardant pour elle qu&rsquo;environ un quart, se trouve manquer de ressources et, diminu\u00e9e de moyens d&rsquo;actions, elle est oblig\u00e9e, pour sa propagande, d&rsquo;en appeler \u00e0 l&rsquo;intervention centrale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syndicat national est model\u00e9 sur l&rsquo;organisation de l&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;il combat ; cette forme de groupement r\u00e9pond \u00e9videmment \u00e0 des n\u00e9cessit\u00e9s de coh\u00e9sion qui r\u00e9sultent de l&rsquo;organisation de l&rsquo;\u00c9tat-patron ; mais les travailleurs qui l&rsquo;acceptent, s&rsquo;ils ne consultaient que leurs pr\u00e9f\u00e9rences, pencheraient pour un mode de groupement plus autonome, plus f\u00e9d\u00e9ratif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle que soit la diversit\u00e9 des types f\u00e9d\u00e9ratifs, leur caract\u00e9ristique est, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, un puissant souffle d&rsquo;esprit f\u00e9d\u00e9ral. Le centralisme qui, en d&rsquo;autres pays, tue l&rsquo;initiative ouvri\u00e8re et entrave l&rsquo;autonomie du syndicat r\u00e9pugne \u00e0 la classe ouvri\u00e8re fran\u00e7aise. Et c&rsquo;est cet esprit d&rsquo;autonomie et de f\u00e9d\u00e9ralisme \u2014qui sera l&rsquo;essence des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9conomiques de l&rsquo;avenir \u2014qui donne au syndicalisme fran\u00e7ais figure si profond\u00e9ment r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ressources financi\u00e8res des f\u00e9d\u00e9rations sont diverses, provenant de cotisations qui oscillent en moyenne entre 10 et 40 centimes par membre et par mois. Cette faiblesse des cotisations s&rsquo;explique par les besognes auxquelles fait face la F\u00e9d\u00e9ration : elles sont surtout de propagande et de r\u00e9sistance au patronat. Les services de mutualit\u00e9, comme nous l&rsquo;avons dit, sont tr\u00e8s r\u00e9duits : viaticum dans la plupart et, pour quelques f\u00e9d\u00e9rations, secours de ch\u00f4mage. Quant \u00e0 l&rsquo;appui donn\u00e9 aux gr\u00e8ves, au point de vue financier, il rel\u00e8ve en majeure partie des initiatives de solidarit\u00e9. Les organisations fran\u00e7aises n&rsquo;ont pas la pr\u00e9tention de dresser leurs coffres-forts contre la puissance capitaliste; aussi, tout en tenant compte de la n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;il y a de soutenir financi\u00e8rement une gr\u00e8ve, elles n&rsquo;escomptent pas son succ\u00e8s que de fortes caisses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La F\u00e9d\u00e9ration du Livre a, tant au point de vue financier que mutuelliste, physionomie \u00e0 part. Sa cotisation est de 2 francs par mois et par membre et elle assure aux syndiqu\u00e9s : secours de ch\u00f4mage, viaticum, secours de maladie, secours de gr\u00e8ve. Elle rappelle, tant par la forme que par l&rsquo;esprit, les organisations anglaises et, au surplus, l&rsquo;autonomie de ses syndicats est tr\u00e8s relative, leur action \u00e9tant subordonn\u00e9e au consentement de la F\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La majeure partie des F\u00e9d\u00e9rations publient un organe corporatif, dans la plupart des cas mensuel, et qui, le plus souvent, est servi gratuitement \u00e0 tous les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 des p\u00e9riodes d\u00e9termin\u00e9es, chaque F\u00e9d\u00e9ration tient un congr\u00e8s o\u00f9 s&rsquo;examine l&rsquo;\u0153uvre accomplie, o\u00f9 se r\u00e9visent les tendances et se manifeste l&rsquo;orientation de l&rsquo;agr\u00e9gat syndical. Les syndicats nationaux tiennent un congr\u00e8s annuel, n\u00e9cessit\u00e9 par la forme m\u00eame de leur organisation centraliste ; quant \u00e0 la plupart des F\u00e9d\u00e9rations, elles organisent sinon un congr\u00e8s tous les ans, au moins tous les deux ans. Seule la F\u00e9d\u00e9ration du Livre se borne \u00e0 un congr\u00e8s tous les cinq ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;importance de ces assises ouvri\u00e8res, pour la marche de la F\u00e9d\u00e9ration, est consid\u00e9rable. L\u00e0, se retrempe l&rsquo;organisation, et la mise en contact des militants venus de tous les points du pays renouvelle et vivifie leurs convictions, de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 ce frottement disparaissent les r\u00e9sidus d&rsquo;esprit particulariste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les F\u00e9d\u00e9rations sont, actuellement, au nombre de 60 et les syndicats nationaux de trois, groupant un minimum de 2600 syndicats ou sections syndicales. L&rsquo;effectif f\u00e9d\u00e9ral, au point de vue du nombre de syndiqu\u00e9s que repr\u00e9sente cet agglom\u00e9rat, serait, d&rsquo;apr\u00e8s les statistiques financi\u00e8res\u00a0 de la Conf\u00e9d\u00e9ration, de 295 000. Seulement il faut tenir compte que, pour des raisons diverses, au lieu de majorer leur effectif les F\u00e9d\u00e9rations ont tendance \u00e0 cotiser pour un\u00a0 chiffre de f\u00e9d\u00e9r\u00e9s moindre que leur effectif. Ce chiffre de 295 000 est donc inf\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Cela est d\u00e9sormais du pass\u00e9. Depuis le 1er janvier 1910, les cotisations conf\u00e9d\u00e9rales sont per\u00e7ues par un timbre, d\u00e9livr\u00e9 par la C.G.T. et qui est appliqu\u00e9 sur la carte ou livret du syndiqu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ces 2600 syndicats, la plupart sont affili\u00e9s \u00e0 leur Bourse du travail ou Union locale (exception faite de ceux, qui n&rsquo;ont pas dans leur rayon d&rsquo;union locale). Le chiffre des syndicats \u00abboiteux\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui, tout en adh\u00e9rant \u00e0 leur F\u00e9d\u00e9ration corporative, ne sont pas affili\u00e9s \u00e0 leur Bourse du travail ou Union locale, ne d\u00e9passe pas 300.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les plus fortes f\u00e9d\u00e9rations sont: celle du B\u00e2timent, groupant 316 syndicats, celle du Livre et celle de la M\u00e9tallurgie, groupant chacune environ 180 syndicats ; viennent ensuite la F\u00e9d\u00e9ration du Textile avec 126 syndicats, la F\u00e9d\u00e9ration des Mineurs avec une soixantaine, etc. ; la F\u00e9d\u00e9ration des Cuirs et Peaux groupe 68 syndicats, mais il est \u00e0 observer que, depuis son dernier congr\u00e8s, elle a travaill\u00e9 \u00e0 fusionner en un m\u00eame groupement les syndicats de sp\u00e9cialit\u00e9s existant dans une m\u00eame ville. \u00c0 noter les F\u00e9d\u00e9rations paysannes\u00a0 dont le d\u00e9veloppement, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, a \u00e9t\u00e9 un des sympt\u00f4mes de la puissance de rayonnement de la Conf\u00e9d\u00e9ration : la F\u00e9d\u00e9ration des Agriculteurs du Midi\u00a0 (principalement viticulteurs) groupe 72 syndicats, la F\u00e9d\u00e9ration des Agriculteurs du Nord une quinzaine et la F\u00e9d\u00e9ration des B\u00fbcherons plus d&rsquo;une centaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le type des syndicats nationaux est donn\u00e9 par celui des travailleurs du Chemin de fer, qui comprend 270 sections. Ce syndicat, de m\u00eame que ceux qui se sont form\u00e9s apr\u00e8s lui a d\u00fb vaincre le mauvais vouloir gouvernemental. L&rsquo;\u00c9tat entendait interdire \u00e0 ses ouvriers de se syndiquer et il n&rsquo;a consenti \u00e0 respecter leurs syndicats que lorsqu&rsquo;il n&rsquo;a pu faire autrement. Longtemps la libert\u00e9 syndicale a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e aux travailleurs des chemins de fer; leur groupement est accept\u00e9 aujourd&rsquo;hui par l&rsquo;\u00c9tat qui, par contre, pr\u00e9tend refuser la libert\u00e9 syndicale aux postiers, de m\u00eame qu&rsquo;aux instituteurs. Il en sera pour ceux-ci comme il en a \u00e9t\u00e9 pour les travailleurs des chemins de fer.<\/p>\n<h3>III. \u2014 L&rsquo;organisme conf\u00e9d\u00e9ral<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La concentration syndicale s&rsquo;effectue par trois paliers : premier palier, le syndicat ; deuxi\u00e8me palier, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la F\u00e9d\u00e9ration nationale corporative, de l&rsquo;autre l&rsquo;Union locale de syndicats divers, la Bourse du travail ou l&rsquo;Union r\u00e9gionale ; troisi\u00e8me palier, la Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la Conf\u00e9d\u00e9ration viennent aboutir tous les organismes f\u00e9d\u00e9ratifs de la classe ouvri\u00e8re; c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;ils entrent en contact et c&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;unifie, s&rsquo;intensifie et se g\u00e9n\u00e9ralise l&rsquo;action \u00e9conomique du prol\u00e9tariat. Mais il ne faut pas s&rsquo;y tromper: la Conf\u00e9d\u00e9ration n&rsquo;est pas un organisme de direction, mais bien de coordination et d&rsquo;amplification de l&rsquo;action r\u00e9volutionnaire de la classe ouvri\u00e8re ; elle est donc tout le contraire des organismes d\u00e9mocratiques qui, par leur centralisation et leur autoritarisme, \u00e9touffent la vitalit\u00e9 des unit\u00e9s composantes. lci, il y a coh\u00e9sion et non centralisation, impulsion et direction. Le f\u00e9d\u00e9ralisme est partout et, \u00e0 chaque degr\u00e9, les organismes divers \u2014l&rsquo;individu, le syndicat, la F\u00e9d\u00e9ration ou la Bourse du travail \u2014 sont tous autonomes. C&rsquo;est l\u00e0 ce qui fait la puissance rayonnante de la Conf\u00e9d\u00e9ration : l&rsquo;impulsion ne vient pas d&rsquo;en haut, elle part d&rsquo;un point quelconque et ses vibrations se transmettent, en s&rsquo;amplifiant, \u00e0 la masse conf\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fonction et le but de la Conf\u00e9d\u00e9ration sont d\u00e9finis par ses statuts :\u00a0<i>elle groupe les salari\u00e9s pour la d\u00e9fense de leurs int\u00e9r\u00eats moraux et mat\u00e9riels, \u00e9conomiques et professionnels.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette d\u00e9finition englobe toutes les manifestations de l&rsquo;activit\u00e9 humaine. Ainsi, par son acte constitutif, la Conf\u00e9d\u00e9ration affirme nettement que son action n&rsquo;est pas limit\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9troitesse des int\u00e9r\u00eats purement corporatifs et que le devenir social ne lui est pas indiff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce que pr\u00e9cise le paragraphe suivant :\u00a0<i>elle groupe, en dehors de toute \u00e9cole politique, tous les travailleurs conscients de la lutte \u00e0 mener pour la disparition du salariat et du patronat.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Conf\u00e9d\u00e9ration est donc neutre au point de vue politique. Il en est de m\u00eame au point de vue confessionnel, malgr\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;en soit rien pr\u00e9cis\u00e9 dans cette d\u00e9claration de principe. S&rsquo;il n&rsquo;est pas fait allusion \u00e0 la neutralit\u00e9 religieuse, c&rsquo;est uniquement parce qu&rsquo;en France ces croyances sont un vestige d&rsquo;un pass\u00e9 qui s&rsquo;abolit de jour en jour et dont il n&rsquo;est plus question dans la vie courante. Au point de vue politique, la neutralit\u00e9 affirm\u00e9e n&rsquo;implique point l&rsquo;abdication ou l&rsquo;indiff\u00e9rence en face des probl\u00e8mes d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral, d&rsquo;ordre social : il n&rsquo;est nullement question d&rsquo;un neutralisme qui r\u00e9duirait la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 \u00e9voluer dans les cadres d&rsquo;un corporatisme \u00e9troit et \u00e0 ne rien voir au-del\u00e0 des besognes momentan\u00e9es et restreintes d&rsquo;une d\u00e9fense professionnelle s&rsquo;adaptant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Le neutralisme affirm\u00e9 est, au contraire, la proclamation d&rsquo;un id\u00e9al permanent plus pr\u00e9cis, plus net, que celui qui forme le bagage id\u00e9ologique des divers partis socialistes parlementaires : cet id\u00e9al va au-del\u00e0, d\u00e9passe et domine les contingences du moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;agglom\u00e9rat conf\u00e9d\u00e9ral s&rsquo;effectue en dehors de toutes les \u00e9coles politiques qui ne sont toutes \u2014m\u00eame quand elles se r\u00e9clament des doctrines de transformation sociale \u2014 qu&rsquo;un prolongement du d\u00e9mocratisme ; sa base est le terrain \u00e9conomique et ainsi se r\u00e9alise la dislocation n\u00e9cessaire, qui enraye tout confusionnisme entre\u00a0<i>classes<\/i>\u00a0et\u00a0<i>partis.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans le plan parlementaire, dans les cadres de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise que s&rsquo;agitent les \u00e9coles politiques, et leur tendance dominante se limite \u00e0 poursuivre une modification de la fa\u00e7ade sociale. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs \u00e0\u00a0<i>l&rsquo;opinion<\/i>\u00a0de tous qu&rsquo;elles font appel, et non \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une classe d\u00e9termin\u00e9e. Seules font exception les \u00e9coles socialistes ;\u00a0 elles pr\u00e9tendent repr\u00e9senter et amalgamer les deux:\u00a0<i>classe<\/i>\u00a0et\u00a0<i>opinion.<\/i>\u00a0Les exp\u00e9riences de ce dernier quart de si\u00e8cle sont l&rsquo;illustration de l&rsquo;illogisme d&rsquo;une telle pr\u00e9tention; fatalement, m\u00e9caniquement, \u00e9tant donn\u00e9 le milieu o\u00f9 se manifeste leur action, elles sont entra\u00een\u00e9es \u00e0 n\u00e9gliger le c\u00f4t\u00e9 \u00abclasse\u00bb pour ne se pr\u00e9occuper que de celui \u00abopinion\u00bb. Aussi toutes versent-elles dans le parlementarisme et elles deviennent une forme extr\u00eame du d\u00e9mocratisme, et rien de plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en va autrement pour la Conf\u00e9d\u00e9ration : elle n\u00e9glige les opinions \u2014 qui sont fugaces et changeantes \u2014\u00a0 pour ne retenir que les int\u00e9r\u00eats de classe du prol\u00e9tariat. Ces int\u00e9r\u00eats sont la base solide, in\u00e9branlable, sur laquelle elle s&rsquo;\u00e9rige, et le but qu&rsquo;elle poursuit a un caract\u00e8re de fixit\u00e9 et de permanence sur lequel sont sans influence les relativit\u00e9s du pr\u00e9sent, non plus que les aspects diff\u00e9rents des r\u00e9gimes politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle op\u00e8re donc une cassure compl\u00e8te entre la soci\u00e9t\u00e9 actuelle et la classe ouvri\u00e8re, et la formation nouvelle d\u00e9gage et met en pleine lumi\u00e8re qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;un groupement normal et efficace : le groupement de classe. La brisure se fait donc, nette et int\u00e9grale, entre les formations sociales du pass\u00e9 et celles que la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e9voque et qu&rsquo;elle travaille \u00e0 r\u00e9aliser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9al proclam\u00e9 et poursuivi est la disparition du salariat et du patronat. Cette disparition ne peut \u00eatre totale que si est totale l&rsquo;\u00e9limination des forces d&rsquo;oppression, concr\u00e9t\u00e9es par l&rsquo;\u00c9tat, et des forces d&rsquo;exploitation, manifest\u00e9es par le capitalisme. Ensuite, sur les ruines du monde bourgeois, sera possible l&rsquo;\u00e9panouissement d&rsquo;un f\u00e9d\u00e9ralisme\u00a0 \u00e9conomique, au sein duquel l&rsquo;\u00eatre humain aura toute libert\u00e9 de d\u00e9veloppement et de satisfaction et dont les syndicats \u2014 groupes de production, de circulation, de r\u00e9partition \u2014 seront la cellule constitutive. Or, il est bien \u00e9vident que la r\u00e9alisation de cette transformation sociale ne peut \u00eatre que l&rsquo;\u0153uvre des groupements qui, dans la soci\u00e9t\u00e9 actuelle, sont l&#8217;embryon des organismes de la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle, les syndicats ! On ne peut pas concevoir de groupements autres que ceux-l\u00e0, aptes \u00e0 cette besogne d&rsquo;expropriation et de r\u00e9organisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le but proclam\u00e9 par la d\u00e9claration de principes de la Conf\u00e9d\u00e9ration s&rsquo;identifie donc avec l&rsquo;id\u00e9al pos\u00e9 par toutes les \u00e9coles de philosophie sociale ; seulement, elle le pose expurg\u00e9 de toutes les superf\u00e9tations doctrinales, de toutes les vues particuli\u00e8res aux sectes, pour n&rsquo;en conserver que l&rsquo;essence. On peut m\u00eame observer qu&rsquo;elle le pose avec autrement d&rsquo;ampleur que les \u00e9coles qui r\u00eavent d&rsquo;une r\u00e9alisation sociale \u00e9tatiste; il en est, parmi celles-ci, qui bornent leur conception \u00e0 une transformation qui laisserait subsister le salariat ; les producteurs seraient encore des salari\u00e9s, mais, au lieu d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la solde de patrons individuels, ils seraient les salari\u00e9s de l&rsquo;\u00c9tat, devenu l&rsquo;organe repr\u00e9sentatif de l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 et faisant face, d\u00e9sormais, \u00e0 toutes les fonctions sociales \u2014 production, distribution, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Diff\u00e9rant de cette conception \u00e9troite et centraliste, l&rsquo;id\u00e9al pos\u00e9 par la Conf\u00e9d\u00e9ration condense toutes les aspirations de transformation sociale, et c&rsquo;est cela qui lui donne physionomie \u00e0 part, et la place au-del\u00e0 des diverses \u00e9coles. On peut m\u00eame reconna\u00eetre qu&rsquo;elle d\u00e9passe celles-ci \u2014 quelles qu&rsquo;elles soient \u2014 en vigueur r\u00e9volutionnaire, attendu qu&rsquo;en elle l&rsquo;acte s&rsquo;allie \u00e0 la pens\u00e9e, puisque, dans le milieu actuel, elle constitue non seulement la force destructive de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, mais encore f\u00e9conde et r\u00e9chauffe l&#8217;embryon de la soci\u00e9t\u00e9 transform\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui concourt \u00e0 donner \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration sa puissance de p\u00e9n\u00e9tration et de rayonnement, c&rsquo;est que, de cet id\u00e9al dont elle jalonne la route de l&rsquo;avenir, elle ne fait pas un indispensable acte de foi; ce n&rsquo;est pas un \u00abcredo\u00bb qui ouvre la porte des syndicats aux travailleurs qui le formulent et le ferment \u00e0 ceux qui s&rsquo;y refusent. Ce serait alors glisser dans les agglom\u00e9rats d&rsquo;opinion, avec lesquels la Conf\u00e9d\u00e9ration n&rsquo;a ni rapports ni contacts. Une seule condition est n\u00e9cessaire pour entrer au syndicat : c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre un salari\u00e9, un exploit\u00e9. Le travailleur est instinctivement conduit \u00e0 s&rsquo;y affilier d\u00e8s qu&rsquo;il sent peser sur ses \u00e9paules le joug de l&rsquo;exploitation et que sa conscience, jusque-l\u00e0 somnolente, s&rsquo;\u00e9veille. Peu importe alors ses conceptions philosophiques et m\u00eame ses croyances religieuses. Le principal est qu&rsquo;il vienne au syndicat. Une fois l\u00e0, avant qu&rsquo;il soit longtemps, il d\u00e9pouillera le vieil homme ; dans ce milieu f\u00e9condant, au frottement et \u00e0 la fr\u00e9quentation des camarades de lutte, son \u00e9ducation sociale se fera. Et il en sera ainsi, parce que l&rsquo;id\u00e9al conf\u00e9d\u00e9ral n&rsquo;est pas une formulation th\u00e9orique, doctrinale, mais la constatation d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 sociale, fatalement oppositionnelle \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste et qui est la r\u00e9sultante logique de la coh\u00e9sion du prol\u00e9tariat sur le terrain \u00e9conomique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi s&rsquo;\u00e9claire et se d\u00e9finit la neutralit\u00e9 du syndicalisme fran\u00e7ais, en face des probl\u00e8mes d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral; sa neutralit\u00e9 n&rsquo;implique pas passivit\u00e9. La Conf\u00e9d\u00e9ration n&rsquo;abdique devant aucun probl\u00e8me social, non plus que politique (en donnant \u00e0 ce mot son sens large). Ce qui la distingue des partis d\u00e9mocratiques, c&rsquo;est qu&rsquo;elle ne participe pas \u00e0 la vie parlementaire: elle est\u00a0<i>a-parlementaire,<\/i>\u00a0comme elle est\u00a0<i>a-religieuse,<\/i>\u00a0et aussi comme elle est\u00a0<i>a-patriotique.<\/i>\u00a0Mais son indiff\u00e9rence en mati\u00e8re parlementaire ne l&#8217;emp\u00eache pas de r\u00e9agir contre le gouvernement, et l&rsquo;exp\u00e9rience a prouv\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 de son action, exerc\u00e9e contre les pouvoirs publics, par pression ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ces bases, essentiellement \u00e9conomiques, se r\u00e9alise et se d\u00e9veloppe la Conf\u00e9d\u00e9ration : elle est ainsi constitu\u00e9e par ses deux sections, celle des F\u00e9d\u00e9rations nationales corporatives (\u00e0 laquelle adh\u00e8rent les F\u00e9d\u00e9rations d&rsquo;industrie), celle des Bourses du travail (\u00e0 laquelle adh\u00e8rent les Unions locales ou Bourses du travail) \u2014 avec, pour chaque section, un comit\u00e9 distinct et autonome, form\u00e9 \u00e0 raison d&rsquo;un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par organisation adh\u00e9rente. Chacun de ces comit\u00e9s d\u00e9cide des propagandes qui lui incombent, faisant face \u00e0 son action avec les cotisations qu&rsquo;il per\u00e7oit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9union des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des deux sections forme le Comit\u00e9 conf\u00e9d\u00e9ral ; de lui rel\u00e8vent les propagandes d&rsquo;ordre absolument g\u00e9n\u00e9ral, int\u00e9ressant l&rsquo;ensemble de la classe ouvri\u00e8re. Ainsi, lorsqu&rsquo;il fut question de mener la campagne d&rsquo;agitation contre les Bureaux de placement et aussi celle pour la Journ\u00e9e de huit heures, des commissions sp\u00e9ciales, nomm\u00e9es par lui, eurent charge de faire le n\u00e9cessaire. Le Comit\u00e9 conf\u00e9d\u00e9ral n&rsquo;a pas de ressources propres et \u00e0 ses d\u00e9penses contribuent, \u00e0 parts \u00e9gales, les deux sections.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le budget de la Conf\u00e9d\u00e9ration est modeste. Les cotisations per\u00e7ues sont pour la section des F\u00e9d\u00e9rations (depuis janvier 1910) de 60 centimes par cent syndiqu\u00e9s, et par mois; pour la section des Bourses du travail de 5 centimes par syndiqu\u00e9 et par an.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours du dernier exercice (1er juin 1906 au 30 juin 1908) la section des F\u00e9d\u00e9rations a per\u00e7u 22237 francs de\u00a0 cotisations; avec les recettes diverses, et y compris l&rsquo;encaisse ant\u00e9rieure, elle accusait, au 30 juin 1908, 27339 francs de recettes et 23 530 francs de d\u00e9penses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame laps de temps, la section des Bourses percevait, en tant que cotisations, 15 640 francs et accusait 16400 francs de recettes avec 16080 francs de d\u00e9penses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais on aurait tort d&rsquo;\u00e9valuer l&rsquo;influence et la puissance conf\u00e9d\u00e9rale seulement d&rsquo;apr\u00e8s ses ressources. Il serait inexact de pr\u00e9tendre que, pour elle, l&rsquo;argent est le nerf de la guerre. Elle a une force d&rsquo;expansion qui ne se jauge pas financi\u00e8rement ; d&rsquo;elle \u00e9mane un incomparable \u00e9lan r\u00e9volutionnaire et elle est un si vivifiant foyer d&rsquo;action que l&rsquo;influence exerce et la besogne accomplie sont hors de toute proportion avec ses ressources financi\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce budget n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas d&rsquo;autre destination que de faire face aux n\u00e9cessit\u00e9s administratives et aux besognes de propagande, et il n&rsquo;est pas un budget de solidarit\u00e9. Quand une gr\u00e8ve surgit, la Conf\u00e9d\u00e9ration apporte son appui moral, envoie des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s sur le champ de gr\u00e8ve, canalise l&rsquo;effort de solidarit\u00e9 syndicale, mais ne fournit pas directement de subsides. Cette fonction est normalement remplie par les F\u00e9d\u00e9rations corporatives, qui, la plupart, assurent des secours aux gr\u00e9vistes, soit avec les fonds de leur caisse sp\u00e9ciale de gr\u00e8ve, soit par une cotisation suppl\u00e9mentaire, pr\u00e9lev\u00e9e sur tous les f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Comit\u00e9 conf\u00e9d\u00e9ral n&rsquo;intervient que comme un condensateur de solidarit\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment de suractivit\u00e9 et de polarisation, mais jamais il ne se manifeste comme \u00e9l\u00e9ment de direction, substituant sa volont\u00e9 \u00e0 celle des int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Conf\u00e9d\u00e9ration s&rsquo;est donn\u00e9 un signe de reconnaissance, une marque de solidarit\u00e9, qu&rsquo;utilisent seules les organisations conf\u00e9d\u00e9r\u00e9es (pour leurs appels, circulaires,\u00a0 publications, etc.): le \u00ablabel conf\u00e9d\u00e9ral\u00bb \u2014une mappemonde sur laquelle, par-dessus fronti\u00e8res et oc\u00e9ans, s&rsquo;entrelacent deux mains fraternelles, avec, en exergue, la : devise\u00a0<i>Bien-\u00eatre et Libert\u00e9.<\/i>\u00a0Ce \u00ablabel\u00bb est le symbole du lien de solidarit\u00e9 qui relie la classe ouvri\u00e8re en ses communes aspirations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Conf\u00e9d\u00e9ration a aussi son propre organe, un journal hebdomadaire,\u00a0<i>la Voix du peuple,<\/i>\u00a0\u00e0 propos duquel peut se faire la m\u00eame observation que pour le budget conf\u00e9d\u00e9ral: cette feuille a un tirage restreint, 7 000 exemplaires par semaine, seulement. Mais on aurait tort d&rsquo;en conclure \u00e0\u00a0 une faible influence de cet organe ; comme la majeure partie des syndicats conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s y sont abonn\u00e9s, il arrive ainsi aux mains des plus actifs militants, membres des bureaux .et des conseils syndicaux et, gr\u00e2ce \u00e0 eux, par leur interm\u00e9diaire, se diffuse la pens\u00e9e conf\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous les deux ans, un Congr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9unit les organisations conf\u00e9d\u00e9r\u00e9es: \u00e0 ces assises, outre les questions de propagande, se pr\u00e9cise l&rsquo;orientation g\u00e9n\u00e9rale du mouvement syndicaliste. \u00c0 ces congr\u00e8s, les syndicats seuls ont une voix d\u00e9lib\u00e9rative \u2014 \u00e9tant seuls les unit\u00e9s conf\u00e9d\u00e9rales, les F\u00e9d\u00e9rations corporatives et les Bourses du travail peuvent y envoyer et y envoient des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s mais ceux-ci n&rsquo;ont que voix consultative. Ces congr\u00e8s sont l&rsquo;\u00e9quivalent, pour la Conf\u00e9d\u00e9ration, de ce qu&rsquo;est, pour un syndicat, l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de ses adh\u00e9rents : gr\u00e2ce \u00e0 ces r\u00e9unions, les \u00e9l\u00e9ments syndicaux entrent en contact et il en r\u00e9sulte une fermentation utile; les courants d&rsquo;opinion se d\u00e9gagent, l&rsquo;orientation se pr\u00e9cise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;un des derniers Congr\u00e8s (Amiens 1906), auquel un millier de syndicats participaient, ayant mandat\u00e9 400 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, la question dominante qui fut discut\u00e9e avait trait \u00e0 l&rsquo;autonomie de la Conf\u00e9d\u00e9ration : il \u00e9tait propos\u00e9 de la faire entrer en rapport avec le Parti socialiste. Cette proposition fut repouss\u00e9e \u00e0 la quasi-unanimit\u00e9 : par 384 mandats contre une trentaine, il fut proclam\u00e9 que la Conf\u00e9d\u00e9ration doit rester autonome et reconnu qu&rsquo;elle est le seul organisme de lutte de classe r\u00e9elle ; et aussi que le syndicalisme est apte \u00e0 pr\u00e9parer et \u00e0 r\u00e9aliser, sans interventions ext\u00e9rieures, par la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;expropriation capitaliste et la r\u00e9organisation sociale, avec pour base le syndicat, qui de groupement de r\u00e9sistance se transformera en groupement de production et de r\u00e9partition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au Congr\u00e8s de Marseille (1908), douze cents syndicats s&rsquo;\u00e9taient fait repr\u00e9senter. Ces assises se tinrent dans une atmosph\u00e8re pesante. Les membres du bureau conf\u00e9d\u00e9ral \u00e9taient alors emprisonn\u00e9s, \u00e0 Corbeil, \u00e0 la suite du massacre de Villeneuve-Saint-Georges, et le minist\u00e8re Clemenceau man\u0153uvrait pour briser la C.G.T.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;acte essentiel de ce congr\u00e8s fut la discussion sur l&rsquo;antimilitarisme et l&rsquo;attitude de la classe ouvri\u00e8re en cas de guerre. Le vote de l&rsquo;ordre du jour cat\u00e9gorique (par 670 contre 406) qui cl\u00f4tura cette discussion fut une fi\u00e8re r\u00e9ponse aux menaces gouvernementales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, chacun des congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9raux de ces derni\u00e8res ann\u00e9es a marqu\u00e9 un grandissement de la force conf\u00e9d\u00e9rale et parall\u00e8lement un accroissement de la conscience r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel est exactement, au point de vue num\u00e9rique, le d\u00e9nombrement de cette force ? C&rsquo;est difficile \u00e0 dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous l&rsquo;avons vu plus haut, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, la Conf\u00e9d\u00e9ration groupe, dans sa section des F\u00e9d\u00e9rations, 64 organismes f\u00e9d\u00e9ratifs de corporations et, dans sa section des Bourses du travail, elle groupe 154 organismes locaux. D&rsquo;apr\u00e8s les cotisations vers\u00e9es \u00e0 la section des F\u00e9d\u00e9rations, je r\u00e9p\u00e8te que l&rsquo;effectif est au minimum de 295000. Cependant, il a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire d&rsquo;observer que ce chiffre indique bien un minimum ; pour des raisons particuli\u00e8res \u2014 principalement budg\u00e9taires \u2014, des F\u00e9d\u00e9rations n&rsquo;ont jusqu&rsquo;ici cotis\u00e9 que pour un effectif inf\u00e9rieur au nombre de leurs affili\u00e9s. Donc, pour dresser une statistique r\u00e9elle, il faudrait conna\u00eetre l&rsquo;importance de cet \u00e9cart. Autant peut s&rsquo;en dire en ce qui concerne la section conf\u00e9d\u00e9rale des Bourses du travail, le dernier exercice<br \/>\nfinancier (du 1er juin 1906 au 30 juin 1908) donne pour les 154 groupements affili\u00e9s un effectif de 2014 syndicats, alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il y a, dans les Bourses du travail ou Unions des syndicats, 2 600 syndicats au bas mot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chiffre de 295 000 travailleurs conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s qui se d\u00e9gage de l&rsquo;examen du budget de la section des F\u00e9d\u00e9rations est donc, j&rsquo;y insiste, tr\u00e8s au-dessous de la r\u00e9alit\u00e9. \u00c0 ce nombre, il faut ajouter la quantit\u00e9 de travailleurs f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, pour lesquels les F\u00e9d\u00e9rations n&rsquo;ont pas cotis\u00e9, en outre, il faut faire entrer en ligne de compte que, sur les 2600 syndicats affili\u00e9s aux Bourses du travail, il en est \u00e0 peu pr\u00e8s 900 qui ne sont pas reli\u00e9s \u00e0 leur f\u00e9d\u00e9ration corporative. C&rsquo;est donc une importante quantit\u00e9 num\u00e9rique qui vient s&rsquo;ajouter aux \u00e9valuations ci-dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La statistique publi\u00e9e par le gouvernement\u2014 sujette \u00e0 caution, nous l&rsquo;avons dit \u2014 accusait, en 1908, 957 000 travailleurs des deux sexes, group\u00e9s dans plus de 5500 syndicats. Nous savons que l&rsquo;effectif, en tant que syndicats de la Conf\u00e9d\u00e9ration, est d&rsquo;environ 3 500, groupant, en 1908, \u00e0 la section des F\u00e9d\u00e9rations, 295 000 travailleurs qui, avec l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment seulement adh\u00e9rant aux Bourses du travail, forme un total de plus de 400 000 syndiqu\u00e9s. Mais ces chiffres n&rsquo;ont qu&rsquo;une valeur momentan\u00e9e ; la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e9tant en continuel grandissement, ils sont\u00a0<i>aujourd&rsquo;hui<\/i>\u00a0au-dessous de la v\u00e9rit\u00e9 : \u00e0 la section des F\u00e9d\u00e9rations, l&rsquo;effectif est d&rsquo;au moins 350 000, avec l&rsquo;effectif seulement adh\u00e9rant aux Bourses, on a un total d&rsquo;au moins 500 000 syndiqu\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces supputations sont n\u00e9cessaires pour se donner une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;effectif de la Conf\u00e9d\u00e9ration. Mais il est indispensable d&rsquo;observer qu&rsquo;un tel organisme \u2014 qui est un organisme de constante lutte de classe \u2014 ne doit pas se comparer avec des organisations moins guerri\u00e8res et plus financi\u00e8res. La puissance de la Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail ne r\u00e9side pas dans de fortes caisses et il serait inexact de l&rsquo;\u00e9valuer uniquement d&rsquo;apr\u00e8s ses cadres. Elle est un organisme vivant, au sein duquel les r\u00e9actions s&rsquo;accomplissent selon les modes que nous voyons en action dans la nature : les \u00e9l\u00e9ments qu&rsquo;elle groupe \u2014 et qui sont les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9lite de la classe ouvri\u00e8re, les plus conscients, les plus r\u00e9volutionnaires \u2014 agissent sur la masse prol\u00e9tarienne \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal des ferments et, aux heures psychologiques, leur influence est pr\u00e9pond\u00e9rante.<\/p>\n<h2>LA TACTIQUE<br \/>\nL&rsquo;ACTION DIRECTE<\/h2>\n<p><span style=\"text-align: justify;\">De la constitution en bloc autonome des travailleurs \u2014 bloc qui manifeste avec une grandissante acuit\u00e9 la lutte de classe \u2014 devaient r\u00e9sulter des moyens d&rsquo;action ad\u00e9quats \u00e0 cette forme de groupement et aux tendances qu&rsquo;il exprime.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est produit. Les m\u00e9thodes d&rsquo;action de l&rsquo;organisation conf\u00e9d\u00e9rale ne s&rsquo;inspirent pas de l&rsquo;id\u00e9e d\u00e9mocratique vulgaire ; elles ne sont pas l&rsquo;expression du consentement d&rsquo;une majorit\u00e9 d\u00e9gag\u00e9e par le proc\u00e9d\u00e9 du suffrage universel. Il n&rsquo;en pouvait d&rsquo;ailleurs pas \u00eatre ainsi, dans la plupart des cas, car il est rare que le syndicat englobe la totalit\u00e9 des travailleurs ; trop souvent, il ne groupe qu&rsquo;une minorit\u00e9. Or, si le m\u00e9canisme d\u00e9mocratique \u00e9tait pratiqu\u00e9 par les organisations ouvri\u00e8res, le non-vouloir de la majorit\u00e9 inconsciente et non syndiqu\u00e9e paralyserait toute action. Mais la minorit\u00e9 n&rsquo;est pas dispos\u00e9e \u00e0 abdiquer ses revendications et ses aspirations devant l&rsquo;inertie d&rsquo;une masse que l&rsquo;esprit de r\u00e9volte n&rsquo;a pas anim\u00e9e et vivifi\u00e9e encore. Par cons\u00e9quent, il y a, pour la minorit\u00e9 consciente, obligation d&rsquo;agir, sans tenir compte de la masse r\u00e9fractaire, et ce, sous peine d&rsquo;\u00eatre forc\u00e9e \u00e0 plier l&rsquo;\u00e9chine, tout comme les inconscients.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au surplus, la masse amorphe, pour nombreuse et compacte qu&rsquo;elle soit, serait tr\u00e8s mal venue \u00e0 r\u00e9criminer. Elle est la premi\u00e8re \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;action de la minorit\u00e9, c&rsquo;est elle qui a tout le profit des victoires remport\u00e9es sur le patronat. Au contraire, les militants sont souvent les victimes de la bataille ; les patrons les pourchassent, les mettent \u00e0 l&rsquo;index, les affament, et ce, avec la complicit\u00e9\u00a0 du gouvernement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc l&rsquo;action syndicale, si infime que soit la minorit\u00e9 militante, n&rsquo;a jamais une vis\u00e9e individuelle et particulariste; toujours elle est une manifestation de solidarit\u00e9 et l&rsquo;ensemble des travailleurs int\u00e9ress\u00e9s, quoique n&rsquo;y participant en rien, est appel\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier des r\u00e9sultats acquis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui pourrait r\u00e9criminer contre l&rsquo;initiative d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e de la minorit\u00e9 ? Ce ne sont pas les inconscients, que les militants n&rsquo;ont gu\u00e8re consid\u00e9r\u00e9s que comme des z\u00e9ros humains, n&rsquo;ayant que la valeur num\u00e9rique d&rsquo;un z\u00e9ro ajout\u00e9 \u00e0 un nombre, s&rsquo;il est plac\u00e9 \u00e0 sa droite. Que ne viennent-ils au syndicat? Il n&rsquo;est pas un groupement ferm\u00e9 ; d&rsquo;ailleurs, loin de se passer de leur concours, les militants s&rsquo;efforcent de les syndiquer, d&rsquo;avoir leur appui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi appara\u00eet l&rsquo;\u00e9norme diff\u00e9rence de m\u00e9thode qui distingue le syndicalisme du d\u00e9mocratisme ; celui-ci, par le m\u00e9canisme du suffrage universel, donne la direction aux inconscients, aux tardigrades (ou mieux \u00e0 leurs repr\u00e9sentants) et \u00e9touffe les minorit\u00e9s qui portent en elles l&rsquo;avenir.\u00a0 La m\u00e9thode syndicaliste, elle, donne un r\u00e9sultat diam\u00e9tralement oppos\u00e9 : l&rsquo;impulsion est imprim\u00e9e par les conscients, les r\u00e9volt\u00e9s, et sont appel\u00e9es \u00e0 agir, \u00e0 participer au mouvement, toutes les bonnes volont\u00e9s.<\/p>\n<p><center><img loading=\"lazy\" alt=\"\" src=\"http:\/\/kropot.free.fr\/frise2.gif\" width=\"18\" height=\"15\" border=\"0\" \/><\/center>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une formule expressive, heureuse, de parfaite limpidit\u00e9, est venue condenser et r\u00e9sumer la tactique du syndicalisme r\u00e9volutionnaire : l&rsquo;<i>Action directe.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 bien voir, l&rsquo;Action directe n&rsquo;est pas chose neuve \u2014 sa nouveaut\u00e9 est d&rsquo;\u00eatre la formulation th\u00e9orique d&rsquo;un\u00a0 mouvement \u2014, car autrement elle est la raison d&rsquo;\u00eatre de tout syndicat. D\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;en constitue un, on peut inf\u00e9rer que, consciemment ou inconsciemment, les travailleurs qui le composent visent \u00e0 faire leurs affaires eux-m\u00eames,\u00a0 \u00e0 lutter directement sans interm\u00e9diaires, sans se fier \u00e0 d&rsquo;autres qu&rsquo;\u00e0 soi pour la besogne \u00e0 accomplir. Ils sont logiquement amen\u00e9s \u00e0 faire de l&rsquo;Action directe \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;action syndicale, indemne de tout alliage, sans compromissions capitalistes ou gouvernementales, sans intrusion dans le d\u00e9bat de \u00abpersonnes interpos\u00e9es\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la caract\u00e9ristique de l&rsquo;Action directe est d&rsquo;\u00eatre une manifestation spontan\u00e9e ou r\u00e9fl\u00e9chie, mais sans intervention d&rsquo;agent ext\u00e9rieur, de la conscience et de la volont\u00e9 ouvri\u00e8re, et ce, ind\u00e9pendamment de son intensit\u00e9. Celle-ci est affaire de circonstances, de r\u00e9sistance \u00e0 vaincre. Action directe n&rsquo;est pas, fatalement, synonyme de violence : elle peut se manifester sous des allures b\u00e9n\u00e9voles et pacifiques ou tr\u00e8s vigoureuses et fort violentes, sans cesser d&rsquo;\u00eatre \u2014 en un cas comme en l&rsquo;autre \u2014 de l&rsquo;Action directe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est, en outre, vari\u00e9e en ses modalit\u00e9s, suivant que l&rsquo;attaque est plus express\u00e9ment dirig\u00e9e contre les capitalistes ou contre l&rsquo;\u00c9tat. Contre celui-ci, l&rsquo;Action directe se mat\u00e9rialise sous forme de\u00a0<i>pression ext\u00e9rieure,<\/i>\u00a0tandis que, contre le patronat, les moyens communs sont la gr\u00e8ve, le boycottage, le label, le sabotage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est bien \u00e9vident qu&rsquo;une cat\u00e9gorisation trop syst\u00e9matique p\u00e9cherait par \u00e9troitesse ; ces diverses modalit\u00e9s peuvent se manifester au cours d&rsquo;un m\u00eame conflit et simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut noter, en outre, que, si l&rsquo;Action directe est la dominante du syndicalisme fran\u00e7ais, elle n en est cependant pas l&rsquo;unanime tendance. Il y a, au sein de la Conf\u00e9d\u00e9ration \u2014 comme en tout groupement \u2014, deux p\u00f4les: \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments r\u00e9volutionnaires, survivent des groupements \u00abr\u00e9formistes\u00bb, \u00e0 manifestations h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, mais qui peuvent cependant se rattacher \u00e0 deux conceptions : le corporatisme et l&rsquo;interventionnisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Observons de suite que ceux qui se r\u00e9clament de l&rsquo;une ou de l&rsquo;autre de ces tendances ont d\u00fb, sous l&rsquo;influence conf\u00e9d\u00e9rale, modifier leurs concepts et leur orientation. Les heurts r\u00e9sultant des divergences doctrinales vont s&rsquo;att\u00e9nuant, gr\u00e2ce \u00e0 une graduelle marche en avant des \u00e9l\u00e9ments \u00abr\u00e9formistes\u00bb, qui en sont venus \u00e0 accepter les fins r\u00e9volutionnaires d&rsquo;expropriation capitaliste que poursuit la Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l&rsquo;origine, le corporatisme, en limitant son action \u00e0\u00a0 des am\u00e9liorations de d\u00e9tail, n&rsquo;ayant ni vues d&rsquo;ensemble, ni id\u00e9al, ni d&rsquo;autre horizon que la fronti\u00e8re corporative, ne mena\u00e7ait en rien la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. D&rsquo;autre part, l&rsquo;espoir en l&rsquo;intervention de l&rsquo;\u00c9tat qui, parce que satur\u00e9 de d\u00e9mocratisme, se ferait bon gendarme en faveur des exploit\u00e9s aboutissait aux m\u00eames fins conservatrices. De l&rsquo;une et l&rsquo;autre conception d\u00e9coulait la collaboration de classes, substitu\u00e9e \u00e0 la lutte de classe, pierre angulaire du syndicalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette orientation d\u00e9viatrice et pacifiste, qui est en voie d&rsquo;extinction, les pouvoirs publics cherchent \u00e0 la revivifier par des mesures l\u00e9gislatives qui tendent \u00e0 subordonner les syndicats \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat, \u00e0 restreindre leur champ d&rsquo;activit\u00e9 et \u00e0 parlementariser leur action. Dans cet ordre a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9 le \u00abConseil sup\u00e9rieur du travail\u00bb, o\u00f9 si\u00e8gent des \u00e9lus ouvriers et patronaux, avec pour fonction de \u00abm\u00e2cher\u00bb les lois ouvri\u00e8res au Parlement \u2014 qui, la plupart du temps, n&rsquo;avale pas cette p\u00e2t\u00e9e. Le gouvernement avait aussi institu\u00e9 des \u00abConseils du travail\u00bb qui n&rsquo;ont jamais fonctionn\u00e9 d&rsquo;ailleurs, et o\u00f9 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ouvriers et patronaux auraient solutionn\u00e9 les conflits \u00e9conomiques, de m\u00eame encore, il songe \u00e0 octroyer aux syndicats la capacit\u00e9 juridique et commerciale, esp\u00e9rant les entra\u00eener sur le terrain capitaliste o\u00f9 les app\u00e9tits mercantiles et financiers leur feraient oublier la lutte de classe ; un autre projet de m\u00eame ordre est la r\u00e9glementation des gr\u00e8ves par l&rsquo;arbitrage obligatoire, qui n&rsquo;aurait d&rsquo;autre cons\u00e9quence que d&rsquo;\u00e9nerver la r\u00e9sistance ouvri\u00e8re et d&rsquo;\u00e9trangler le droit de gr\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;accueil fait dans les milieux ouvriers \u00e0 ces projets de r\u00e9action syndicale n&rsquo;est pas pour enchanter le gouvernement: les travailleurs ont perc\u00e9 \u00e0 jour son machiav\u00e9lisme\u00a0 et ils refusent \u00e9nergiquement les cadeaux qu&rsquo;on r\u00eave de leur octroyer. La tendance r\u00e9volutionnaire n&rsquo;a donc pu \u00eatre enray\u00e9e et il appara\u00eet, de plus en plus, \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre solution aux conflits \u00e9conomiques que celle r\u00e9sultant du choc des deux forces en pr\u00e9sence.<\/p>\n<h3>I. \u2014 La gr\u00e8ve<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au premier plan des moyens d&rsquo;action, le plus \u00e0 la port\u00e9e des travailleurs est le refus du travail \u2014 la gr\u00e8ve. Ont recours \u00e0 elle les travailleurs inorganis\u00e9s de m\u00eame que les travailleurs organis\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la gr\u00e8ve n&rsquo;implique pas l&rsquo;existence d&rsquo;un syndicat. Dans les centres o\u00f9 les travailleurs v\u00e9g\u00e8tent, sans lien entre eux, poussi\u00e8re humaine \u00e0 la merci de l&rsquo;exploiteur, elle est souvent le pr\u00e9lude du groupement quand le joug se fait trop \u00e9crasant, c&rsquo;est \u00e0 la gr\u00e8ve que les victimes ont recours, et alors ce soul\u00e8vement spasmodique n\u00e9cessite une coalition momentan\u00e9e qui, sous l&rsquo; action des plus conscients, devient l&#8217;embryon d&rsquo;un syndicat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la gr\u00e8ve de travailleurs organis\u00e9s, il entre davantage de m\u00e9thode et de conscience r\u00e9volutionnaire, et la port\u00e9e \u00e9conomique du conflit n&rsquo;est pas limit\u00e9e aux seules questions du litige ; la gr\u00e8ve appara\u00eet alors comme un \u00e9pisode de guerre sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est n\u00e9cessaire de noter que l&rsquo;appr\u00e9ciation des travailleurs sur la valeur de la gr\u00e8ve en tant que moyen r\u00e9volutionnaire s&rsquo;est consid\u00e9rablement modifi\u00e9e sous l&rsquo;influence du syndicalisme. La gr\u00e8ve n&rsquo;est plus regard\u00e9e comme un \u00abmal\u00bb fatal, in\u00e9vitable, un abc\u00e8s qui, en crevant, manifesterait brutalement l&rsquo;antagonisme du capital et du travail, mais sans profit possible et imm\u00e9diat pour ce dernier. Elle a subi une modification parall\u00e8le \u00e0 celle subie par l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9volution. La r\u00e9volution n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9e comme une catastrophe devant \u00e9clater en des jours proches ou lointains ; elle est tenue pour un acte se mat\u00e9rialisant journellement, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;effort de la classe ouvri\u00e8re en r\u00e9volte, et la gr\u00e8ve est consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;un des ph\u00e9nom\u00e8nes de cette r\u00e9volution. Par cons\u00e9quent, celle-ci n&rsquo;est plus tenue pour un \u00abmal\u00bb ; elle est l&rsquo;heureux sympt\u00f4me d&rsquo;un accroissement de l&rsquo;esprit de r\u00e9volte et elle se manifeste comme un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;expropriation partielle du capital. Il est reconnu que ses r\u00e9sultats ne peuvent \u00eatre que favorables \u00e0 la classe ouvri\u00e8re ; au point de vue moral, il y a accroissement de la combativit\u00e9 prol\u00e9tarienne et, du c\u00f4t\u00e9 mat\u00e9riel, l&rsquo;assaut donn\u00e9 sur un point \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste comporte une diminution des privil\u00e8ges de la classe exploiteuse, qui se traduit par un accroissement en bien-\u00eatre et en libert\u00e9 pour la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conception de la gr\u00e8ve rend vivante, et de tous les instants, la lutte de classe; elle donne aux conflits \u00e9conomiques une grandissante acuit\u00e9; d&rsquo;elle d\u00e9coule, logiquement et par extension, la notion de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Multiples peuvent \u00eatre les causes de gr\u00e8ve, toute compression, toute exploitation pouvant susciter le conflit cependant, une classification peut s&rsquo;esquisser comme suit : gr\u00e8ves offensives (demandes d&rsquo;am\u00e9liorations de tout ordre) ; gr\u00e8ves d\u00e9fensives (pour s&rsquo;opposer \u00e0 la reprise par le patron d&rsquo;am\u00e9liorations r\u00e9alis\u00e9es) ; gr\u00e8ves de dignit\u00e9 (engag\u00e9es pour se soustraire \u00e0 l&rsquo;insolence de chefs ou contrema\u00eetres ou pour obtenir la suppression de pratiques humiliantes, telle la \u00abfouille\u00bb en certains ateliers) ; gr\u00e8ves de solidarit\u00e9 (d\u00e9clar\u00e9es sans motif autre qu&rsquo;un acte de solidarit\u00e9 envers un ou plusieurs camarades ou, encore, envers une autre corporation).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9claration de gr\u00e8ve, dans la plupart des F\u00e9d\u00e9rations, est laiss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;initiative des int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, les statuts de la F\u00e9d\u00e9ration des Cuirs et Peaux disent:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00abTout syndicat d\u00e9clarant la gr\u00e8ve devra en aviser le Comit\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral, avant de commencer la lutte. Le Comit\u00e9 f\u00e9d\u00e9ral, sans avoir le droit de s&rsquo;opposer \u00e0 la r\u00e9solution prise par le syndicat, pourra, n\u00e9anmoins, faire des objections s&rsquo;il le juge n\u00e9cessaire.\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est naturel que la F\u00e9d\u00e9ration int\u00e9ress\u00e9e au conflit soit avis\u00e9e: cela n&rsquo;entache en rien l&rsquo;autonomie du syndicat. Exception est faite en cas de gr\u00e8ve d\u00e9fensive, la cessation de travail ne comportant pas d&rsquo;atermoiements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet esprit anime la majeure partie des F\u00e9d\u00e9rations corporatives; il en est cependant quelques-unes, entre autres la F\u00e9d\u00e9ration des travailleurs du Livre, qui stipulent strictement que la d\u00e9claration de gr\u00e8ve est subordonn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9cision du Comit\u00e9 central.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette diff\u00e9rence d&rsquo;attitude f\u00e9d\u00e9rative s&rsquo;explique par la diff\u00e9rence de tactique de lutte : pour ces derni\u00e8res F\u00e9d\u00e9rations, l&rsquo;argent est le nerf de la guerre et elles comptent surtout sur l&rsquo;appui financier qu&rsquo;elles peuvent donner aux gr\u00e9vistes ; il leur semble donc normal que, la caisse devant \u00eatre engag\u00e9e, ceux pour qui elle va \u00eatre \u00e9corn\u00e9e attendent l&rsquo;avis du Comit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, dans les autres F\u00e9d\u00e9rations, sans faire fi des moyens p\u00e9cuniaires, ce n&rsquo;est pas d&rsquo;eux principalement qu&rsquo;est escompt\u00e9e la victoire : c&rsquo;est de l&rsquo;\u00e9lan, de l&rsquo;attitude r\u00e9volutionnaire, de la vigueur agressive des gr\u00e9vistes qu&rsquo;est esp\u00e9r\u00e9 le succ\u00e8s. L&rsquo;appui financier est, en grande partie, d\u00fb \u00e0 des souscriptions volontaires et l&rsquo;alimentation des gr\u00e9vistes est assur\u00e9e par des \u00abmarmites communistes\u00bb. La gr\u00e8ve acquiert ainsi des aspects de bataille sociale qu&rsquo;anime l&rsquo;\u00e9bauche communiste des \u00abpopottes\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrive aussi que la gr\u00e8ve perde son caract\u00e8re de conflit partiel et que, \u00e0 l&rsquo;appui moral et p\u00e9cuniaire des corporations voisines, s&rsquo;ajoute leur appui effectif. Alors, c&rsquo;est la gr\u00e8ve se g\u00e9n\u00e9ralisant \u00e0 toute une ville, c&rsquo;est la vie sociale s&rsquo;arr\u00eatant pour que satisfaction soit donn\u00e9e \u00e0 une seule corporation \u2014 et quelquefois m\u00eame pour que ne soit pas l\u00e9s\u00e9 un seul ou plusieurs camarades, si la cause initiale de la gr\u00e8ve est un acte de solidarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi la gr\u00e8ve, par ses mobiles int\u00e9rieurs, par ses manifestations ext\u00e9rieures, d\u00e9passe le cadre corporatif et devient un \u00e9pisode r\u00e9volutionnaire. En dehors de la gr\u00e8ve, moyen traditionnel de r\u00e9sistance au patronat, la Conf\u00e9d\u00e9ration pr\u00e9conise encore le\u00a0<i>boycottage<\/i>\u00a0et le\u00a0<i>label,<\/i>\u00a0ainsi que le sabotage.<\/p>\n<h3>II. \u2014 Boycottage et label<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le\u00a0<i>boycottage<\/i>\u00a0et le\u00a0<i>label<\/i>\u00a0\u2014 qui sont la contrepartie l&rsquo;un de l&rsquo;autre \u2014 d\u00e9rivent des m\u00eames principes d&rsquo;auto-\u00e9mancipation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le\u00a0<i>boycottage<\/i>\u00a0est la mise \u00e0 l&rsquo;index, l&rsquo;interdit jet\u00e9 sur un industriel ou un commer\u00e7ant, l&rsquo;invite aux ouvriers de ne pas accepter de travail chez lui et, si c&rsquo;est un d\u00e9bitant qui est\u00a0<i>boycott\u00e9,<\/i>\u00a0l&rsquo;invite aux consommateurs de ne pas se servir \u00e0 sa boutique. Outre qu&rsquo;il est un moyen d&rsquo;obliger le patron \u00e0 c\u00e9der aux revendications ouvri\u00e8res, le\u00a0<i>boycottage<\/i>\u00a0est aussi un moyen de se d\u00e9fendre, en tant que consommateurs, contre la rapacit\u00e9 des interm\u00e9diaires qui tenteraient de r\u00e9cup\u00e9rer, sur le dos du consommateur, les am\u00e9liorations obtenues par le producteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le\u00a0<i>label,<\/i>\u00a0dont l&rsquo;action moins brutale peut para\u00eetre inspir\u00e9e d&rsquo;intentions plus pacifistes, est l&rsquo;oppos\u00e9 du boycottage : il est l&rsquo;invitation faite par une corporation \u00e0 la masse ouvri\u00e8re afin qu&rsquo;elle utilise, sans qu&rsquo;il lui en co\u00fbte rien de plus que la volont\u00e9 de manifester son esprit de solidarit\u00e9, sa force de consommation en faveur des camarades de la corporation indiqu\u00e9e. Et ce, de fa\u00e7on tr\u00e8s simple : en se fournissant chez les commer\u00e7ants et industriels que la \u00abmarque syndicale\u00bb recommande comme respectant les conditions syndicales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le\u00a0<i>label<\/i>\u00a0est consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9 dans l&rsquo;industrie du Livre : les imprimeurs qui occupent des ouvriers syndiqu\u00e9s intercalent, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur firme, la \u00abmarque syndicale\u00bb, d\u00e9livr\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration et qui est l&rsquo;attestation que ce travail a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 par des ouvriers syndiqu\u00e9s. Rares sont encore les autres corporations qui imposent le\u00a0<i>label<\/i>\u00a0industriel. Mais, dans d&rsquo;autres branches, telle l&rsquo;Alimentation ou chez les Coiffeurs, une pancarte \u00abaffiche-label\u00bb d\u00e9livr\u00e9e par la F\u00e9d\u00e9ration et la Conf\u00e9d\u00e9ration, indique \u00e0 la client\u00e8le que sont syndiqu\u00e9s les ouvriers ou employ\u00e9s de la maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le<i>\u00a0label<\/i>\u00a0est donc l&rsquo;invitation faite par une corporation \u00e0 la masse ouvri\u00e8re d&rsquo;utiliser (sans autre effort que celui exig\u00e9 par une pens\u00e9e de solidarit\u00e9) sa force de consommation en faveur des camarades de la corporation indiqu\u00e9e. Malgr\u00e9 qu&rsquo;en apparence le\u00a0<i>label<\/i>\u00a0ne soit pas une manifestation d&rsquo;un r\u00e9volutionnarisme flamboyant, il n&rsquo;en d\u00e9rive pas moins du m\u00eame principe : les travailleurs luttant et se d\u00e9fendant contre le capitalisme, directement et par leurs propres forces, sans se reposer sur une puissance ext\u00e9rieure.<\/p>\n<h3>III. \u2014 Sabotage<\/h3>\n<p><span style=\"text-align: justify;\">Le\u00a0<\/span><i style=\"text-align: justify;\">sabotage<\/i><span style=\"text-align: justify;\">\u00a0est la mise en pratique de la maxime: \u00ab\u00c0 mauvaise paye, mauvais travail\u00bb ; il frappe le patron au c\u0153ur, c&rsquo;est-\u00e0-dire au coffre-fort. Le\u00a0<\/span><i style=\"text-align: justify;\">sabotage<\/i><span style=\"text-align: justify;\">\u00a0s&rsquo;effectue tant\u00f4t par un ralentissement dans la production, tant\u00f4t par de la malfa\u00e7on ; tant\u00f4t m\u00eame il s&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;instrument de production. Dans le commerce, le\u00a0<\/span><i style=\"text-align: justify;\">sabotage<\/i><span style=\"text-align: justify;\">\u00a0s&rsquo;effectue par le gaspillage de l&rsquo;objet vendu, dont le commis fait au besoin profiter l&rsquo;acheteur, ou encore par la rebuffade envers ce dernier, de mani\u00e8re \u00e0 le pousser \u00e0 s&rsquo;approvisionner ailleurs. Le\u00a0<\/span><i style=\"text-align: justify;\">sabotage<\/i><span style=\"text-align: justify;\">\u00a0est, le plus souvent, l&rsquo;acte individuel venant souligner la revendication collective. Il est bon d&rsquo;ajouter que la crainte du\u00a0<\/span><i style=\"text-align: justify;\">sabotage<\/i><span style=\"text-align: justify;\">\u00a0est un calmant pr\u00e9cieux et suffit souvent \u00e0 ramener les patrons r\u00e9calcitrants \u00e0 de meilleurs sentiments.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un exemple de l&rsquo;efficacit\u00e9 du sabotage est la conqu\u00eate par les ouvriers coiffeurs parisiens, du repos hebdomadaire et aussi de la diminution de la dur\u00e9e d&rsquo;ouverture des salons de coiffure. C&rsquo;est par le \u00abbadigeonnage\u00bb des\u00a0 devantures patronales avec un produit caustique d\u00e9t\u00e9riorant la peinture que cette corporation a conquis les am\u00e9liorations pr\u00e9cit\u00e9es. En l&rsquo;espace de trois ans, sur les 2000 boutiques de coiffure de Paris, il n&rsquo;y en a peut-\u00eatre pas cent qui n&rsquo;aient pas \u00e9t\u00e9 badigeonn\u00e9es au moins une fois, sinon plusieurs. Aussi, les r\u00e9sultats en sont int\u00e9ressants: au lieu de veiller, le soir, jusqu&rsquo;\u00e0 des heures tr\u00e8s tardives, les salons de coiffure ferment, en moyenne, \u00e0 8 heures ; de plus, ils ferment un jour par semaine (le lundi ou le dimanche) depuis le 1er mai 1906.<\/p>\n<h3>IV. \u2014 La lutte contre l&rsquo;\u00c9tat<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les moyens d&rsquo;action que nous venons d&rsquo;esquisser rapidement, outre qu&rsquo;ils concernent principalement la lutte imm\u00e9diate, se rapportent surtout \u00e0 la bataille contre le patron. Mais le syndicalisme exerce une action sociale qui, sans se manifester par une participation directe \u00e0 la vie parlementaire, n&rsquo;en a pas moins pour objet de ruiner l&rsquo;\u00c9tat moderne, de le briser, de l&rsquo;absorber. Poursuivant l&rsquo;\u00e9mancipation int\u00e9grale, il ne peut se borner \u00e0 vouloir lib\u00e9rer le travailleur du capitalisme et le laisser sous le joug de l&rsquo;\u00c9tat. Seulement, la lutte contre les pouvoirs publics n&rsquo;est pas men\u00e9e sur le terrain parlementaire, et cela parce que le syndicalisme ne vise pas \u00e0 une simple modification du personnel gouvernemental, mais bien \u00e0 la r\u00e9duction de l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 z\u00e9ro, en transportant dans les organismes syndicaux les quelques fonctions utiles qui font illusion sur sa valeur, et en supprimant les autres purement et simplement. Il serait donc inexact de d\u00e9duire de ce que le syndicalisme ne cherche pas \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans les assembl\u00e9es l\u00e9gif\u00e9rantes, en y envoyant des mandataires, qu&rsquo;il est indiff\u00e9rent \u00e0 la forme du pouvoir ; il le veut le moins oppressif, le moins lourd possible, et il travaille en ce sens par une action sociale qui, pour se manifester du dehors, n&rsquo;en est pas moins efficace. A la tactique de la\u00a0<i>p\u00e9n\u00e9tration,<\/i>\u00a0qui entra\u00eenerait la classe ouvri\u00e8re \u00e0 faire, fatalement, acte de \u00abparti\u00bb, il oppose et pr\u00e9f\u00e8re la tactique de la\u00a0<i>pression ext\u00e9rieure<\/i>\u00a0qui dresse le prol\u00e9tariat en bloc de \u00abclasse\u00bb sur le terrain \u00e9conomique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette tactique de la pression ext\u00e9rieure engendre les mouvements de masse \u2014 qui sont une combinaison des modes d&rsquo;action partielle, gr\u00e8ve, boycottage, sabotage\u2014, prodromes de la r\u00e9alisation de la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale expropriatrice et qui, en soulevant, en unanime protestation, tout ou partie de la classe ouvri\u00e8re contre les pouvoirs publics, obligent ceux-ci \u00e0 tenir compte des volont\u00e9s prol\u00e9tariennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un des plus caract\u00e9ristiques de ces mouvements de masse a \u00e9t\u00e9, en 1903-1904, la campagne contre les bureaux de placement qui, apr\u00e8s deux mois d&rsquo;agitation grandissante, a amen\u00e9 le Parlement \u00e0 sanctionner l\u00e9galement la suppression de ces officines, ce que, depuis vingt ans, malgr\u00e9 p\u00e9titions et r\u00e9clamations pacifiques, il s&rsquo;\u00e9tait obstin\u00e9 \u00e0 refuser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est encore des m\u00eames notions d&rsquo;action de masse et de pression ext\u00e9rieure qu&rsquo;a d\u00e9coul\u00e9 la campagne d&rsquo;agitation pour les huit heures qui, dans le plan l\u00e9gislatif, a oblig\u00e9 le Parlement \u2014 gr\u00e2ce aux grandioses manifestations de mai 1906 \u2014\u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer sur le repos hebdomadaire. Et la relation de cause \u00e0 effet est, en la circonstance, on ne peut plus tangible : le vote et la promulgation de cette loi suivent de quelques semaines le 1er Mai et, qui plus est, il faut remarquer que le S\u00e9nat \u00e9tait, quelques mois auparavant, en grande majorit\u00e9 oppos\u00e9 \u00e0 une l\u00e9gislation sur le repos hebdomadaire ; s&rsquo;il s&rsquo;y est r\u00e9solu, c&rsquo;est qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 par le mouvement, c&rsquo;est qu&rsquo;il s&rsquo;est modifi\u00e9 sous la r\u00e9percussion de la pression ext\u00e9rieure des syndicats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la classe ouvri\u00e8re ne borne pas son action \u00e0 lutter directement contre le patron, elle lutte aussi \u2014 et toujours directement, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans recourir au parlementarisme, au syst\u00e8me de la participation \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre gouvernementale, par voie de \u00abpersonnes interpos\u00e9es\u00bb contre l&rsquo;\u00c9tat, qui est l&rsquo;expression d\u00e9fensive du patronat et, par l\u00e0 m\u00eame, en est le souteneur oblig\u00e9. Aussi, l&rsquo;action ouvri\u00e8re, outre les assauts qu&rsquo;elle donne au pouvoir, dans le but de le faire reculer, vise-t-elle en m\u00eame temps \u00e0 amoindrir sa force oppressive, et ce, jusqu&rsquo;\u00e0 disparition compl\u00e8te.<\/p>\n<h3>V. \u2014 La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mode d&rsquo;action qui permettra \u00e0 la classe ouvri\u00e8re de mener \u00e0 bien cette \u0153uvre, qui est celle de l&rsquo;\u00e9mancipation int\u00e9grale, est l&rsquo;aboutissant logique de son groupement sur le terrain \u00e9conomique et des conceptions qui s&rsquo;en d\u00e9gagent : il a son expression dans l&rsquo;id\u00e9e de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est la cassure mat\u00e9rielle entre le prol\u00e9tariat et la bourgeoisie, qu&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e la cassure morale et id\u00e9ologique par l&rsquo;affirmation de l&rsquo;autonomie de la classe ouvri\u00e8re. Celle-ci, apr\u00e8s avoir proclam\u00e9 qu&rsquo;elle porte en elle tous les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9els de la vie sociale, ayant acquis la vigueur et la conscience n\u00e9cessaires pour imposer ses volont\u00e9s, passera \u00e0 l&rsquo;acte, se refusant \u00e0 produire pour la classe bourgeoise, et cette r\u00e9volte d\u00e9cisive sera la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce refus de continuer la production dans le plan capitaliste ne sera pas purement n\u00e9gatif, il sera concomitant \u00e0 la prise de possession de l&rsquo;outillage social et \u00e0 une r\u00e9organisation sur le plan communiste, effectu\u00e9e par les cellules sociales que sont les syndicats. Les organismes corporatifs devenus les foyers de la vie nouvelle disloqueront et ruineront ces foyers de l&rsquo;ancienne soci\u00e9t\u00e9 que sont l&rsquo;\u00c9tat et les municipalit\u00e9s. D\u00e9sormais, les centres de coh\u00e9sion y seront dans les f\u00e9d\u00e9rations corporatives, dans les unions syndicales, et c&rsquo;est \u00e0 ces organismes que reviendront les quelques fonctions utiles aujourd&rsquo;hui d\u00e9volues aux pouvoirs publics et aux communes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette crise r\u00e9volutionnaire est pr\u00e9par\u00e9e par les catastrophes partielles, qui sont les pr\u00e9liminaires de la g\u00e9n\u00e9rale expropriation capitaliste : tant\u00f4t, gr\u00e8ves se g\u00e9n\u00e9ralisant \u00e0 une corporation (telle la gr\u00e8ve des \u00e9lectriciens parisiens, celle des travailleurs des PTT) ; tant\u00f4t, gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales locales (comme il s&rsquo;en est produit \u00e0 diverses reprises dans les grands centres, Marseille, Saint-\u00c9tienne, Nantes, etc.), tant\u00f4t, mouvements de masse qui viennent, en vagues grandissantes, d\u00e9ferler contre le capitalisme et l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">LES R\u00c9SULTATS<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les b\u00e9n\u00e9fices que les travailleurs fran\u00e7ais ont retir\u00e9s et retirent de leur organisation de classe ne peuvent se mesurer que par approximations. Ces b\u00e9n\u00e9fices sont de deux ordres : mat\u00e9riels et moraux, et, pour en fixer la valeur, il n&rsquo;y a gu\u00e8re d&rsquo;autre moyen d&rsquo;appr\u00e9ciation que les r\u00e9sultats des conflits engag\u00e9s contre le patronat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut d&rsquo;abord tenir compte qu&rsquo;il est des causes automatiques d&rsquo;am\u00e9liorations : d\u00e9couvertes scientifiques, d\u00e9veloppement de l&rsquo;outillage industriel, rapidit\u00e9 des moyens de communications, etc. Mais ces progr\u00e8s \u2014 dont, au surplus, la classe ouvri\u00e8re ne profite qu&rsquo;en tr\u00e8s minime proportion \u2014 ne modifient pas la structure sociale et ne changent rien aux rapports qui subordonnent le travailleur au patron et au dirigeant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, il ne faut enregistrer ces progr\u00e8s automatiques ni comme r\u00e9sultats de l&rsquo;action ouvri\u00e8re ni comme preuves de la sympathie des capitalistes envers le prol\u00e9tariat. Ne doivent \u00eatre port\u00e9es au compte syndical que les am\u00e9liorations obtenues par la pouss\u00e9e ouvri\u00e8re, que cette pouss\u00e9e s&rsquo;esquisse seulement en menace ou qu&rsquo;elle aille jusqu&rsquo;au conflit plus ou moins brutal.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">I. \u2014 Les gr\u00e8ves<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au point de vue mat\u00e9riel, des indications nous sont fournies par l&rsquo;<i>Office du travail,<\/i>\u00a0qui dresse annuellement une statistique des gr\u00e8ves. L&rsquo;origine gouvernementale de cette statistique et la difficult\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tablir doivent nous inciter \u00e0 ne donner \u00e0 ces chiffres qu&rsquo;une valeur relative ; nous devons les recueillir comme indications g\u00e9n\u00e9rales et ne pas leur attribuer une trop grande exactitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette statistique ne porte que sur les conflits d\u00e9clar\u00e9s et non sur ceux qui ont pu se solutionner \u00e0 l&rsquo;amiable, avant la crise de cessation de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En la d\u00e9cennie 1890-1900, sur 100 gr\u00e8ves, la proportion de r\u00e9sultats a \u00e9t\u00e9: r\u00e9ussites, 23,8 % ; transactions, 32,2 % ; \u00e9checs, 43,8 %. Si, au lieu de se borner \u00e0 examiner le simple pourcentage des gr\u00e8ves, on cherche le pourcentage des r\u00e9sultats par nombre de gr\u00e9vistes, on trouve: r\u00e9ussites, 18,4 % ; transactions, 43,33 % ; \u00e9checs, 37,36 %.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cette dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, il y a donc eu 56 gr\u00e8ves sur 100 qui se sont termin\u00e9es par des am\u00e9liorations plus ou moins consid\u00e9rables en faveur des ouvriers ; et, sur un cent de travailleurs, il y en a eu 61,38 qui ont retir\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice mat\u00e9riel de ces conflits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les quatre ann\u00e9es qui suivent (de 1901 \u00e0 1904), il a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 2628 gr\u00e8ves qui ont englob\u00e9 718 306 travailleurs. Les r\u00e9sultats sont les suivants:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">644 gr\u00e8ves (soit 24 %) se sont termin\u00e9es par une r\u00e9ussite ; 995 (soit 38 %) par une transaction; 989 (soit 37,8 %) par un \u00e9chec. En examinant le chiffre des gr\u00e9vistes, on trouve que 14 % ont obtenu satisfaction (98 978), que 65 % ont eu satisfaction partielle (462 976) et, comme \u00e9chec, seulement 21 % (156 441 gr\u00e9vistes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ces quatre ans, par cons\u00e9quent, pour 100 gr\u00e8ves, 62 se sont termin\u00e9es favorablement (r\u00e9ussites ou transactions) et 37,8 d\u00e9favorablement. Il y a donc, en comparaison de la d\u00e9cade ant\u00e9rieure, accroissement de r\u00e9sultats en faveur des travailleurs ; et cet accroissement est autrement sensible en examinant le chiffre des gr\u00e9vistes. Sur 100 travailleurs entr\u00e9s en conflit, 79 en ont tir\u00e9 un b\u00e9n\u00e9fice et seulement 21 ont subi un \u00e9chec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet accroissement de r\u00e9sultats favorables est encore plus marqu\u00e9 par la statistique des gr\u00e8ves de 1906; sur 830 gr\u00e8ves qui ont \u00e9clat\u00e9 en cette ann\u00e9e, 184 se sont termin\u00e9es par la r\u00e9ussite totale (soit 22,17 %); 361 par une r\u00e9ussite partielle (soit 43,50%); 285 par un \u00e9chec (soit 34,33 %)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">147 888 travailleurs ont particip\u00e9 \u00e0 ces 830 conflits et 22872 d&rsquo;entre eux ont obtenu les am\u00e9liorations exig\u00e9es (soit 12,87 %), 125 016 n&rsquo;ont obtenu que des am\u00e9liorations partielles (soit 70,37%), 29778 seulement ont subi un \u00e9chec (soit 19,76 %). Ainsi, sur 100 gr\u00e8ves d\u00e9clar\u00e9es en 1905, il y a 65,67 de r\u00e9ussites et 34,33 d&rsquo;\u00e9checs et, sur 100 travailleurs qui ont fait gr\u00e8ve, 83,24 en ont tir\u00e9 profit. La progression est caract\u00e9ristique:<\/p>\n<p><center>GR\u00c8VES TERMIN\u00c9ES FAVORABLEMENT<\/center>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"60%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>De 1890 \u00e0 1900&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>56 %<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>De 1901 \u00e0 1904&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>62 %<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>En 1905&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/td>\n<td>65,67 %<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><center>NOMBRE DE GR\u00c9VISTES B\u00c9N\u00c9FICIAIRES<\/center>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"60%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>De 1890 \u00e0 1900&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>23,38 %<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>De 1901 \u00e0 1904&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/td>\n<td>79 %<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>En 1905&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/td>\n<td>83,24 %<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La raison de cet accroissement graduel de victoires ouvri\u00e8res, il ne faut pas la chercher ailleurs que dans le d\u00e9veloppement de la conscience ouvri\u00e8re et de la puissance de l&rsquo;organisation conf\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant 1900, la\u00a0<i>Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail<\/i>\u00a0n&rsquo;avait pas acquis l&rsquo;\u00e9panouissement actuel ; elle \u00e9tait tiraill\u00e9e par les tendances politiciennes et, sous le minist\u00e8re Waldeck-Rousseau &#8211; Millerand, les man\u0153uvres du pouvoir tendaient \u00e0 enrayer l&rsquo;essor syndical, s&rsquo;effor\u00e7ant de domestiquer les syndicats et d&rsquo;en faire des\u00a0<i>organismes d&rsquo;\u00c9tat.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 1900, au contraire, la\u00a0<i>Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail,<\/i>\u00a0faisant front \u00e0 toutes les emb\u00fbches, a poursuivi l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;organisation autonome de la classe ouvri\u00e8re sur le terrain \u00e9conomique, proclamant que le combat devait se mener avec une \u00e9gale vigueur contre le pouvoir et contre le patronat. Et le d\u00e9veloppement de l&rsquo;organisme conf\u00e9d\u00e9ral, vivifi\u00e9 par cette attitude de lutte, a suivi une marche ascendante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, il est naturel que cette attitude r\u00e9volutionnaire\u00a0 se soit traduite, dans les faits, par une accentuation du caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire des gr\u00e8ves et, par cons\u00e9quent,\u00a0 par une augmentation des solutions favorables aux travailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 la vigueur d\u00e9ploy\u00e9e dans la bataille et aussi \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al r\u00e9volutionnaire dont sont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s les ouvriers fran\u00e7ais, et non \u00e0 la puissance de leurs caisses syndicales, que sont dus ces r\u00e9sultats. Ces constatations ne sont pas\u00a0 pour les inciter \u00e0 d\u00e9vier de leur ligne de conduite. S&rsquo;ils s&rsquo;avisaient de remplacer l&rsquo;\u00e9lan r\u00e9volutionnaire par la th\u00e9saurisation, et de n&rsquo;entreprendre de mouvements qu&rsquo;avec une caisse amplement garnie et avec la prudence qu&rsquo;exige la crainte d&rsquo;engager de gros capitaux dans une lutte dont l&rsquo;issue est douteuse, auraient-ils de meilleurs r\u00e9sultats ? C&rsquo;est peu probable. En tous les cas, la comparaison avec les r\u00e9sultats obtenus dans les pays o\u00f9 ces tactiques pr\u00e9dominent n&rsquo;est pas d\u00e9favorable \u00e0 la France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;accentuation r\u00e9volutionnaire du mouvement gr\u00e9viste est d&rsquo;ailleurs caract\u00e9ris\u00e9e par ce fait qu&rsquo;en 1905, si l&rsquo;on ne tient compte que des deux plus importantes revendications parcellaires, qui sont l&rsquo;augmentation des salaires et la diminution de la dur\u00e9e du travail, on constate que les mouvements\u00a0<i>offensifs\u00a0<\/i>dominent:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur 177666 gr\u00e9vistes, pr\u00e8s de 70% \u2014124000 \u2014 ont exig\u00e9 une augmentation de salaire et plus de 85 % ont obtenu gain de cause, totalement ou en partie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">530 000 gr\u00e9vistes ont r\u00e9clam\u00e9 une diminution du temps de travail. Sur ce nombre, pr\u00e8s de 40 % ont eu compl\u00e8te satisfaction, 51% ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;une victoire partielle et seulement 9,35 % ont subi un \u00e9chec.<\/p>\n<hr noshade=\"noshade\" width=\"100%\" \/>\n<center><b><span style=\"color: #ff7518;\"><span style=\"font-size: small;\">II. \u2014 Les conditions du travail<\/span><\/span><\/b><\/center><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudrait pouvoir proc\u00e9der \u00e0 un examen d&rsquo;ensemble et montrer quelle a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9percussion heureuse de l&rsquo;action syndicale sur l&rsquo;am\u00e9lioration g\u00e9n\u00e9rale des conditions de travail. Mais les \u00e9l\u00e9ments de cette appr\u00e9ciation manquent. Il n&rsquo;est possible que de signaler quelques faits, en certaines corporations donn\u00e9es, o\u00f9 la pouss\u00e9e syndicale a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;une efficacit\u00e9 ind\u00e9niable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, chez les b\u00fbcherons du centre de la France (Cher et Ni\u00e8vre), avant la cr\u00e9ation des syndicats, les salaires oscillaient entre 80 centimes et 1 fr. 25 par jour et la dur\u00e9e du travail \u00e9tait de quinze \u00e0 seize heures. Aujourd&rsquo;hui, gr\u00e2ce \u00e0 la puissance de l&rsquo;organisation syndicale, le maximum de la dur\u00e9e du travail journalier est de dix heures, pour le travail des bois ; de plus, les conditions du travail ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9es, les salaires augment\u00e9s de 40 \u00e0 50 % et le contrat collectif, ainsi qu&rsquo;une sorte de commandite paysanne, remplace, pour le travail du bois, l&rsquo;ancien embauchage individuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le midi de la France, par une s\u00e9rie de gr\u00e8ves (1904-1905), les ouvriers viticulteurs ont obtenu de 25 \u00e0 30 % d&rsquo;augmentation des salaires, avec une dur\u00e9e de travail oscillant entre un maximum de huit heures et un minimum de six heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En dix ans, les ouvri\u00e8res et ouvriers des manufactures de tabacs, qui sont tr\u00e8s solidement group\u00e9s, ont fait passer leur salaire d&rsquo;une moyenne de 5 fr. 15 \u00e0 une moyenne de 5 fr. 90, pour les hommes ; dans le m\u00eame laps de temps, le salaire des femmes montait d&rsquo;une moyenne de 3 fr. 23 \u00e0 3 fr. 94. De plus, la journ\u00e9e de neuf heures a \u00e9t\u00e9 acquise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ouvriers des manufactures d&rsquo;allumettes, qui sont syndiqu\u00e9s dans la proportion de neuf sur dix, ont, en dix ans, fait monter la moyenne des salaires : pour les hommes, de 5 francs \u00e0 5 fr. 68 ; pour les femmes, de 3 fr. 45 \u00e0 5 francs. Eux aussi ont la journ\u00e9e de neuf heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ouvriers des ateliers des postes, t\u00e9l\u00e9graphes et t\u00e9l\u00e9phones, ainsi que ceux occup\u00e9s \u00e0 la pose des lignes et \u00e0 leur entretien ont obtenu, par l&rsquo;effort syndical, la journ\u00e9e de huit heures et un minimum de salaire de 5 francs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnel des Arsenaux de la Marine de l&rsquo;\u00c9tat a conquis, depuis cinq ans, la journ\u00e9e de huit heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ouvriers boulangers ont obtenu des augmentations de salaire allant, dans certains centres, jusqu&rsquo;\u00e0 1 franc par jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ouvriers coiffeurs ont ramen\u00e9 la fermeture des salons de coiffure \u00e0 des heures normales, et ce, en certaines villes, par la gr\u00e8ve et, en d&rsquo;autres, par le sabotage particulier qu&rsquo;est le badigeonnage des devantures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 ce qu&rsquo;elles ont de tr\u00e8s incomplet, ces quelques indications \u00e9voquent l&rsquo;importance des r\u00e9sultats de l&rsquo;action syndicale. Il faut observer que la gr\u00e8ve n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 toujours n\u00e9cessaire ; la pression syndicale a quelquefois suffi pour rendre les exploiteurs conciliants, que ceux-ci fussent des patrons particuliers ou bien l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La force syndicale a, en effet, cet avantage qu&rsquo;il lui est possible de s&rsquo;affirmer et d&rsquo;atteindre le r\u00e9sultat qu&rsquo;elle vise par la seule menace de la lutte. Et c&rsquo;est cette menace qui, en se g\u00e9n\u00e9ralisant et s&rsquo;accentuant, devient la vigoureuse manifestation de puissance ouvri\u00e8re qu&rsquo;est la pression ext\u00e9rieure, exerc\u00e9e sur les pouvoirs publics.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est par la pression ext\u00e9rieure que fut arrach\u00e9e au Parlement la suppression des bureaux de placement. Apr\u00e8s des incidents divers, tels que mises \u00e0 sac d&rsquo;officines de placeurs, manifestations plus ou moins violentes, la<i>\u00a0Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail<\/i>\u00a0organisait, le m\u00eame jour, dans les principales villes de France, cent meetings de protestation (le 5 d\u00e9cembre 1903).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;impression que causa cette vigoureuse campagne d&rsquo;agitation \u2014 men\u00e9e \u00e0 bien avec de faibles ressources \u2014 amena le Parlement \u00e0 l\u00e9gif\u00e9rer contre les bureaux de placement, ce qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait refus\u00e9 \u00e0 faire pendant vingt ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est encore par la pression ext\u00e9rieure que, en 1905, les conseillers prud&rsquo;hommes ouvriers de la Seine oblig\u00e8rent le Parlement \u00e0 modifier la loi r\u00e9gissant la jurisprudence prud&rsquo;homale ; ils refus\u00e8rent de si\u00e9ger et cette sorte de gr\u00e8ve eut le r\u00e9sultat voulu.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">III. \u2014 Le 1er Mai 1906 et les huit heures<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nul mouvement ne symbolise mieux les m\u00e9thodes d&rsquo;action conf\u00e9d\u00e9rale que la campagne d&rsquo;agitation pour les huit heures, qui a eu son premier \u00e9panouissement en mai 1906, en conformit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9cision prise au Congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral de Bourges, en 1904.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>a) Le sens de la r\u00e9solution de Bourges.<\/i>\u00a0\u2014 Cette r\u00e9solution stipulait que, jusqu&rsquo;au 1er mai 1906, une intense campagne d&rsquo;agitation allait familiariser les travailleurs avec la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9duire \u00e0 huit heures la dur\u00e9e du travail, leur faire comprendre que cette am\u00e9lioration ne sera acquise que par leur volont\u00e9 et que, par cons\u00e9quent, il fallait qu&rsquo;ils aient l&rsquo;initiative et l&rsquo;\u00e9nergie de ne pas consentir \u00e0 travailler plus de huit heures par jour. Le Premier Mai 1906 \u00e9tait indiqu\u00e9 comme date d&rsquo;action.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains ont pris \u00e0 t\u00e2che de d\u00e9former cette r\u00e9solution, d&rsquo;en d\u00e9naturer l&rsquo;esprit, pour la r\u00e9duire \u00e0 une formule imp\u00e9rative et, sous pr\u00e9texte qu&rsquo;au 1er Mai 1906 la classe ouvri\u00e8re n&rsquo;a pas, d&rsquo;un bond, conquis la journ\u00e9e de huit heures, ils ont conclu avec empressement \u00e0 la \u00abfaillite\u00bb du syndicalisme r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;il me soit permis, \u00e0 ce propos, de me citer, afin\u00a0 d&rsquo;indiquer le mal-fond\u00e9 de cette d\u00e9formation. Au lendemain du Congr\u00e8s de Bourges, dans\u00a0<i>le Mouvement socialiste<\/i>\u00a0du 15 mars 1905, j&rsquo;\u00e9crivais:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab&#8230;.\u00a0 Il faut comprendre que la formule \u00abConqu\u00eate de la journ\u00e9e de Huit Heures\u00bb n&rsquo;a pas un sens \u00e9troit et rigidement concret ; c&rsquo;est une plate-forme d&rsquo;action qui s&rsquo;\u00e9largit jusqu&rsquo;\u00e0 englober toutes les conditions de travail.<\/i><br \/>\n<i>La \u00ab\u00a0journ\u00e9e de Huit Heures\u00a0\u00bb est, si l&rsquo;on peut s&rsquo;exprimer ainsi, un mot de passe qui va permettre aux travailleurs de s&rsquo;entendre facilement pour une action d&rsquo;ensemble \u00e0 accomplir. Cette action consistera \u00e0 arracher au patronat le plus qu&rsquo;il sera possible et, suivant les milieux et suivant les corporations, la pression revendicatrice pourra s&rsquo;intensifier sur tel ou tel point particulier&#8230; Ainsi, pour les ouvriers de l&rsquo;Alimentation, pour les Coiffeurs, etc., l&rsquo;effort se concentre, momentan\u00e9ment, sur la conqu\u00eate du repos hedomadaire&#8230;\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et je concluais:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00abQuoi qu&rsquo;il advienne, le mouvement pour les huit heures portera des fruits. Le principe de physique \u00abrien ne se cr\u00e9e, rien ne se perd\u00bb se v\u00e9rifiera. L&rsquo;effort accompli ne sera pas perdu ; toujours l&rsquo;action engendre l&rsquo;action&#8230;\u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel \u00e9tait le sens de la r\u00e9solution de Bourges qui, prise \u00e0 la lettre, \u00e9tait une affirmation th\u00e9orique, rigide, absolue, mais qui, en passant dans la r\u00e9alit\u00e9, devait subir \u2014et a subi \u2014 les att\u00e9nuations fatales qu&rsquo;imposent les circonstances, le milieu, la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>b) Les r\u00e9sultats moraux.<\/i>\u00a0\u2014 Ce qu&rsquo;il faut avant tout retenir, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9norme travail \u00e9ducatif qui a d\u00e9coul\u00e9 de cette r\u00e9solution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant dix-huit mois, une propagande intense s&rsquo;est faite pour les huit heures et il en est r\u00e9sult\u00e9 la vulgarisation de la n\u00e9cessit\u00e9 des courtes journ\u00e9es. D\u00e9sormais, la journ\u00e9e de huit heures n&rsquo;appara\u00eet plus dans un lointain irr\u00e9alisable \u2014 telle que l&rsquo;avait pos\u00e9e l&rsquo;impr\u00e9cise propagande du socialisme dogmatique \u2014 et, qui plus est, se trouve d\u00e9truit aussi le pr\u00e9jug\u00e9 qui attribuait les conditions de vie restreinte aux faibles journ\u00e9es, tandis que c&rsquo;est le contraire : aux courtes journ\u00e9es de travail correspondent les hauts salaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre cette vulgarisation, qui \u00e9tait indispensable pour que puissent se r\u00e9aliser des am\u00e9liorations portant sur la dur\u00e9e du travail, le caract\u00e8re dominant de cette agitation a \u00e9t\u00e9 de faire vibrer en une commune aspiration la classe ouvri\u00e8re. Et non seulement le prol\u00e9tariat des usines, mais encore la masse paysanne a \u00e9t\u00e9 secou\u00e9e, arrach\u00e9e \u00e0 ses pr\u00e9jug\u00e9s. C&rsquo;est sur cette masse, jusqu&rsquo;\u00e0 ces derniers temps inerte et insensible, que s&rsquo;appuyaient les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9action. Or, c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la propagande syndicaliste que les paysans viennent \u00e0 la R\u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;agitation des huit heures, la classe ouvri\u00e8re s&rsquo;est sentie m\u00eames c\u0153urs, m\u00eames espoirs, m\u00eames vouloirs. Elle a vibr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unisson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La secousse a amen\u00e9 une coh\u00e9sion plus grande. Ainsi il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que les \u00e9l\u00e9ments de la Conf\u00e9d\u00e9ration, qui \u00e9taient impr\u00e9gn\u00e9s de tendances mod\u00e9r\u00e9es et plus corporativistes, ont subi l&rsquo;entra\u00eenement et sont entr\u00e9s dans le mouvement ; de sorte que l&rsquo;accentuation d&rsquo;action s&rsquo;est faite dans l&rsquo;ensemble, sur toute la ligne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, cette premi\u00e8re lev\u00e9e en masse qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 les journ\u00e9es de Mai 1906 n&rsquo;a pas amen\u00e9 de d\u00e9clenchement social. Mais elle a mat\u00e9rialis\u00e9 la puissance d&rsquo;action des travailleurs et a montr\u00e9 que l&rsquo;entr\u00e9e en lutte, sur le terrain \u00e9conomique, engendre les plus f\u00e9condes r\u00e9percussions sociales, influen\u00e7ant les pouvoirs publics et agissant contre eux, aussi efficacement que contre les capitalistes .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette lev\u00e9e en masse a \u00e9t\u00e9 le choc de deux classes. Le Travail et le Capital se sont trouv\u00e9s face \u00e0 face, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de guerre; et le pouvoir, pour \u00abavanc\u00e9\u00bb qu&rsquo;il soit au point de vue simplement politique, s&rsquo;est trouv\u00e9 de \u00abl&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade\u00bb \u2014 contre le prol\u00e9tariat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette gymnastique de r\u00e9volte a eu, au point de vue moral, de pr\u00e9cieuses cons\u00e9quences : outre qu&rsquo;elle a rendu la classe ouvri\u00e8re plus consciente, elle lui a permis de mesurer sa force et lui a fait entrevoir ce qu&rsquo;elle pourra \u2014 lorsqu&rsquo;elle voudra fermement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>c) Les r\u00e9sultats mat\u00e9riels.<\/i>\u00a0\u2014 Mais l&rsquo;agitation pour les huit heures et la lev\u00e9e en masse de Mai 1906 ont eu aussi des\u00a0<i>r\u00e9sultats mat\u00e9riels,<\/i>\u00a0qu&rsquo;il est utile d&rsquo;esquisser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le pouvoir, d&rsquo;abord, la pression exerc\u00e9e s&rsquo;est rapidement manifest\u00e9e par le vote de la loi sur le repos hebdomadaire ; puis, pour \u00e9taler sa sollicitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des travailleurs, le gouvernement a annonc\u00e9 son intention de proposer que soit r\u00e9duite au maximum de dix heures la dur\u00e9e de la journ\u00e9e de travail, qui est actuellement de douze heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au point de vue \u00e9conomique, un premier r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 la vulgarisation de la pratique de la \u00absemaine anglaise\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la suspension du travail, dans les usines et les ateliers, le samedi apr\u00e8s-midi. Cette pratique tend \u00e0 se r\u00e9pandre, comme corollaire de la fermeture des magasins le dimanche et, depuis le 1er Mai 1906, elle est en usage dans nombre d&rsquo;ateliers de m\u00e9canique ou de m\u00e9tallurgie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les travailleurs de l&rsquo;imprimerie ont obtenu la journ\u00e9e de neuf heures, au lieu de dix, avec une augmentation de salaire qui est, pour le typographe parisien, de\u00a0 70 centimes par jour (7 fr. 20 au lieu de 6 fr. 50). Pour les ouvriers des machines \u00e0 imprimer, l&rsquo;augmentation a \u00e9t\u00e9 variable et a \u00e9t\u00e9 surtout caract\u00e9ris\u00e9e par un rel\u00e8vement des petits salaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les lithographes, dont la F\u00e9d\u00e9ration se distingua par une merveilleuse campagne d&rsquo;agitation, ne purent pas, malgr\u00e9 leur obstination, obtenir la journ\u00e9e de huit heures ; ils ont d\u00fb se satisfaire de celle de neuf heures dans certains centres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 Paris, dans la joaillerie, la journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 dix heures, dans les trois quarts des maisons, avec une augmentation de salaire qui a atteint jusqu&rsquo;\u00e0 1 fr. 50 par jour. Dans la bijouterie, il y a eu aussi la journ\u00e9e de neuf heures avec, en bien des cas, augmentation de salaire, en quelques rares maisons se fait aujourd&rsquo;hui la journ\u00e9e de huit heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les infirmiers des hospices parisiens ont, par la seule pression syndicale, obtenu diverses am\u00e9liorations, portant sur les cong\u00e9s du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les coiffeurs ont, \u00e0 partir du 1er Mai 1906, donc avant la loi, impos\u00e9 la fermeture des salons de coiffure un jour par semaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ouvriers terrassiers ont obtenu que, dans les prochaines adjudications, serait tent\u00e9e la journ\u00e9e de huit heures et, pour une sp\u00e9cialit\u00e9 (les tubistes travaillant \u00e0 l&rsquo;air comprim\u00e9), la journ\u00e9e qui \u00e9tait de douze heures a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9e \u00e0 huit heures, avec m\u00eame salaire. De plus, le syndicat qui, avant le 1er Mai, comptait huit cents adh\u00e9rents, en avait trois mille apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le b\u00e2timent, les r\u00e9sultats n&rsquo;en sont pas moins appr\u00e9ciables : les tailleurs de pierre qui avaient 75 centimes de l&rsquo;heure ont obtenu 85 et m\u00eame 90 centimes. Les ouvriers du ravalement ont obtenu neuf heures au lieu de dix et m\u00eame salaire (12 francs). Les ma\u00e7ons limousinants, qui avaient de 60 \u00e0 65, ont mont\u00e9 au minimum de 70 et la majorit\u00e9 75 centimes de l&rsquo;heure. Les ma\u00e7ons-pl\u00e2triers touchaient de 75 \u00e0 80 et, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, ils ont un sou d&rsquo;augmentation par heure, allant m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 95 centimes. Les \u00abgar\u00e7ons de ces corporations ont tous obtenu une augmentation oscillant entre 5 et 10 centimes ; ceux qui avaient 45 centimes sont pass\u00e9s entre 50 et 55 centimes ; ceux de 50 \u00e0 55 [<\/p>\n<p>De nouvelles luttes ont encore accentu\u00e9 ces r\u00e9sultats. Ainsi. par contrat pass\u00e9, en d\u00e9cembre 1909, entre les divers syndicats ouvriers et la chambre syndicale des entrepreneurs de ma\u00e7onnerie \u00e0 Paris, les salaires sont : pour les tailleurs de pierre, 1 franc ; les limousinants, 0 fr. 55; les ma\u00e7ons-pl\u00e2triers, 0 fr. 95. Les \u00abgar\u00e7ons\u00bb ma\u00e7ons ont 0 fr. 70 ; les \u00abgar\u00e7ons\u00bb limousinants, 0 fr. 65.]. En outre, le repos hebdomadaire, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, a \u00e9t\u00e9 obtenu \u2014 et ce, avant la mise en vigueur de la loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, outre ces satisfactions mat\u00e9rielles, il y a, pour le b\u00e2timent, d&rsquo;autres observations \u00e0 noter : avant le mouvement de mai, sur les chantiers, les ouvriers se modelaient sur le plus \u00abb\u00fbcheur\u00bb, celui-l\u00e0 \u00e9tait l&rsquo;entra\u00eeneur qui poussait \u00e0 \u00aben abattre\u00bb. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le contraire : on se mod\u00e8le sur celui qui travaille le plus lentement, c&rsquo;est lui qui est l&rsquo;entra\u00eeneur \u2014si on peut s&rsquo;exprimer ainsi. La cons\u00e9quence est que, pour les entrepreneurs, il y a diminution de rendement d&rsquo;environ 20 \u00e0 25 %. Outre cela,\u00a0 il y a, d\u00e9sormais, chez les ouvriers du b\u00e2timent, un \u00e9lan syndical superbe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez les menuisiers o\u00f9, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, s&rsquo;\u00e9tait constat\u00e9e une regrettable apathie, le mouvement de mai a \u00e9t\u00e9 un coup de fouet. Si, en quelques rares maisons seulement, a \u00e9t\u00e9 obtenue la journ\u00e9e de neuf heures, il s&rsquo;est constat\u00e9 un rel\u00e8vement de la conscience syndicale de tr\u00e8s heureux pr\u00e9sage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les peintres en b\u00e2timent ont obtenu que le salaire soit port\u00e9 \u00e0 0 fr. 85 au lieu de 0 fr. 75 et 0 fr. 80 par heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ouvriers des tanneries et peausseries ont obtenu la r\u00e9duction de la journ\u00e9e de travail \u00e0 dix heures au lieu de douze, avec augmentation de salaire et le repos hebdomadaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces quelques indications, bien que tr\u00e8s incompl\u00e8tes, et restreintes plut\u00f4t \u00e0 Paris, montrent l&rsquo;efficacit\u00e9 mat\u00e9rielle de la campagne des huit heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En province, aussi, les r\u00e9sultats mat\u00e9riels acquis ont \u00e9t\u00e9 importants : \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s, partout o\u00f9 l&rsquo;action s&rsquo;est engag\u00e9e, il s&rsquo;est enregistr\u00e9 des r\u00e9sultats. Une \u00e9num\u00e9ration, outre que fastidieuse, ne pourrait \u00eatre qu&rsquo;incompl\u00e8te. Parmi les corporations qui ont agi et qui, en nombre de villes, ont obtenu des am\u00e9liorations, citons les diverses cat\u00e9gories d&rsquo;ouvriers du b\u00e2timent, les ouvriers des cuirs et de la chaussure, les ouvriers de l&rsquo;alimentation, les coiffeurs, les m\u00e9tallurgistes, les lithographes, les typographes, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Telle est, en rapide raccourci, la vue d&rsquo;ensemble des efforts et des cons\u00e9quences, au double point de vue moral et mat\u00e9riel, de la campagne des huit heures, qui a eu son \u00e9panouissement au 1er Mai 1906.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">IV. \u2014 Effort continu<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mouvement de mai 1906 n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 un aboutissement, un couronnement d&rsquo;action, mais, au contraire, un commencement, un engr\u00e8nement de lutte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, certains ont tenu \u00e0 consid\u00e9rer cette campagne comme une \u00abfin\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceux-l\u00e0 ont \u00e9t\u00e9 de deux sortes : d&rsquo;abord, des d\u00e9nigreurs du syndicalisme, redoutant que son attraction ne d\u00e9tourne les travailleurs du parlementarisme et, d&rsquo;autre part, les ennemis de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les uns et les autres \u2014 en raison de leurs mobiles particuliers \u2014 se sont \u00e9vertu\u00e9s \u00e0 travestir les \u00e9v\u00e9nements et \u00e0 pr\u00e9senter la campagne conf\u00e9d\u00e9rale comme une faillite de la tactique r\u00e9volutionnaire, sous le pr\u00e9texte qu&rsquo;au Premier Mai 1906 la journ\u00e9e de huit heures ne fut pas conquise d&rsquo;un bond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette argumentation a re\u00e7u des faits le plus \u00e9clatant des d\u00e9mentis. La faillite pr\u00e9vue, annonc\u00e9e, n&rsquo;est pas venue \u2014 il s&rsquo;en faut !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syndicalisme r\u00e9volutionnaire est plus vigoureux, puissant que jamais. \u00c0 ceux qui avaient pr\u00e9dit sa mort, les organisations conf\u00e9d\u00e9r\u00e9es ont prouv\u00e9 combien il est vivace et f\u00e9cond, par le meilleur des arguments \u2014 par l&rsquo;action !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis mai 1906, la lutte \u00e9conomique s&rsquo;est poursuivie \u2014 et intensifi\u00e9e \u2014 avec une vigueur inlassable. Cependant ce n&rsquo;est pas faute que les difficult\u00e9s ne se soient accumul\u00e9es sous les pas de la C.G.T.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle a, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, subi un rude assaut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle a \u00e9t\u00e9 en butte aux pers\u00e9cutions forcen\u00e9es du pouvoir, synth\u00e9tis\u00e9 en Clemenceau. Ce politicien crut profitable de couronner sa louche carri\u00e8re en essayant, pour le compte de la haute banque et du grand patronat, de briser la Conf\u00e9d\u00e9ration. Il a \u00e9chou\u00e9 dans cette tentative et n&rsquo;y a gagn\u00e9 que m\u00e9pris et renom sanglant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est pas le lieu d&rsquo;esquisser l&rsquo;historique de cette p\u00e9riode de pers\u00e9cution, commenc\u00e9e par des menaces de dissolution de la C.G.T. et qui se continua par l&rsquo;incarc\u00e9ration de militants, par de basses et t\u00e9n\u00e9breuses man\u0153uvres et par les tueries ouvri\u00e8res de Raon-l&rsquo;\u00c9tape et de Villeneuve Saint-Georges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 toutes les emb\u00fbches, malgr\u00e9 l&rsquo;acuit\u00e9 de cette r\u00e9action, l&rsquo;organisation syndicale n&rsquo;en a pas moins continu\u00e9 son essor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa marche en avant a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des mouvements sociaux d&rsquo;une importance consid\u00e9rable. Tels, entre autres, la gr\u00e8ve des \u00e9lectriciens, en mars 1907, l&rsquo;effondrement du lock-out du b\u00e2timent en 1908\u00a0 et, en 1909, la gr\u00e8ve de tout le personnel des P.T.T.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, l&rsquo;action syndicaliste gagne non seulement en profondeur, mais en \u00e9tendue. D\u00e9sormais, elle n&rsquo;est plus limit\u00e9e \u00e0 la seule masse ouvri\u00e8re. Elle a conquis \u2014 et elle conquiert tous les jours davantage \u2014 des couches qui semblaient loin de sa port\u00e9e, tels les salari\u00e9s de l&rsquo;\u00c9tat (instituteurs, fonctionnaires, etc.), qui se r\u00e9voltent de plus en plus contre l&rsquo;Autorit\u00e9 \u00e9tatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ces circonstances encore, il s&rsquo;est constat\u00e9, une fois de plus l&rsquo;inefficacit\u00e9 de la r\u00e9pression. De toutes les \u00e9preuves subies, le syndicalisme sort toujours plus fort, toujours plus vigoureux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi est-on en droit de conclure que les pers\u00e9cutions incessantes dont le gouvernement d\u00e9mocratique a poursuivi les militants syndicalistes, la rigueur des r\u00e9pressions judiciaires, la fr\u00e9quence des interventions de l&rsquo;arm\u00e9e, etc., sont autant de preuves de la force redoutable qu&rsquo;est devenue, en face du pouvoir et du patronat, la\u00a0<i>Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous venons d&rsquo;esquisser, rapidement, la tactique et l&rsquo;action de la\u00a0<i>Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail.<\/i>\u00a0Nous avons suivi pas \u00e0 pas le d\u00e9veloppement de l&rsquo;organisation syndicale, not\u00e9 ses caract\u00e8res d&rsquo;autonomie et de f\u00e9d\u00e9ralisme, constat\u00e9 que l&rsquo;action qu&rsquo;engage ainsi la classe ouvri\u00e8re, sur le terrain \u00e9conomique, ne se limite pas aux broutilles corporatives, mais s&rsquo;\u00e9largit au point d&rsquo;englober l&rsquo;ensemble des probl\u00e8mes sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons constat\u00e9 les r\u00e9sultats de sa tactique et de ses moyens d&rsquo;action, reconnu le caract\u00e8re essentiellement r\u00e9volutionnaire de cette pratique, m\u00eame quand l&rsquo;action engag\u00e9e se limite \u00e0 des revendications momentan\u00e9es et parcellaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons vu le processus normal de la gr\u00e8ve ; la gr\u00e8ve, d&rsquo;abord partielle, battant en br\u00e8che le capital, visant \u00e0 l&rsquo;exproprier partiellement de ses privil\u00e8ges ; puis devenant gr\u00e8ve de solidarit\u00e9 ou bien gr\u00e8ve de corporation, accentuant son caract\u00e8re social et s&rsquo;attaquant non seulement au capital, mais aussi au pouvoir. Ensuite, de la gr\u00e8ve ainsi comprise et pratiqu\u00e9e, nous avons vu surgir l&rsquo;id\u00e9e de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, qui est la mat\u00e9rialisation de l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9volution int\u00e9grale et dont la r\u00e9alisation s&rsquo;esquisse par les lev\u00e9es en masse du genre de celle de mai 1906.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi, des le\u00e7ons d&rsquo;hier, de ce que nous avons vu et constat\u00e9, nous pouvons conclure que l&rsquo;avenir est au syndicalisme et qu&rsquo;il porte en lui un monde nouveau.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte d&rsquo;\u00c9mile Pouget. L&rsquo;organisation Depuis qu&rsquo;au congr\u00e8s corporatif de Limoges de 1895 la classe ouvri\u00e8re s&rsquo;est donn\u00e9 une organisation autonome, ind\u00e9pendante de tous les partis d\u00e9mocratiques, elle a eu la tendance continue \u00e0 toujours se lib\u00e9rer davantage de toutes les tutelles, soit de l&rsquo;\u00c9tat, soit des municipalit\u00e9s. C&rsquo;est que la classe ouvri\u00e8re ne r\u00eave pas [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":438,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[15],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/437"}],"collection":[{"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=437"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/437\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/438"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=437"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=437"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/new-wp.cnttas.lautre.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=437"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}